Des turbulences au bureau... comment s'en sortir ?

Même au travail, les rapports humains peuvent dégénérer. Au départ, un malentendu, quelques maladresses... et à l'arrivée, une situation bloquée, des tensions, voire une souffrance réelle ! Comment éviter d'en arriver là ? Témoignages vécus et conseils de pro.

Mauvaise ambiance, mode d'emploi

Que faire quand l'ambiance s'envenime au travail ? 4 jeunes diplômées nouvellement embauchées nous racontent leurs mésaventures ; un coach* leur prodigue ses conseils. Objectif : apprendre à déjouer les situations délicates en posant des limites à temps.

"Ma chef contrôle tout ce que je fais" Caroline, 25 ans, responsable marketing

"Probablement en raison de mes expériences passées où je souffrais d'un manque de feed-back sur mon travail, j'ai beaucoup sollicité la directrice lorsque je suis arrivée à ce poste. Puis au fil du temps, j'ai souhaité prendre un peu d'autonomie. Ce changement de comportement lui a déplu. Dorénavant, elle repasse sans arrêt derrière moi pour tout vérifier et contrôler. Ce manque de confiance est devenu de plus en plus pesant. J'ai perdu toute motivation".

Le conseil de Sandrine Weisz* : A Caroline de conquérir son autonomie Pourquoi en est-on là ? Caroline est confrontée à une patronne perfectionniste et anxieuse. Son mode de management ne laisse que peu de place à la délégation et à la responsabilisation. Il est fort probable qu'elle se comporte de la même façon avec l'ensemble de son équipe. Et si l'entreprise fonctionne sur ce principe de management, inutile de chercher à changer les choses...
Que faire ? Il peut être intéressant d'en discuter avec des collègues afin de savoir comment eux s'y prennent. Et Caroline doit dire à sa chef qu'elle a certes besoin de son retour pour progresser, mais qu'elle préfère terminer son travail avant de le lui soumettre. Ce n'est pas en refusant ses conseils qu'elle pourra espérer prendre un peu d'autonomie. C'est plutôt tout l'inverse !

"Depuis que je ne sacrifie plus ma vie privée au travail, rien ne va plus" Florence, 24 ans, comptable
"Au début, je me suis donnée à fond dans mon boulot. Je ne rentrais jamais avant 21h chez moi et presque 1 week-end sur 2 je repartais avec du travail sous le bras. Je n'avais plus aucune vie en dehors du travail... mais ça m'était égal puisque j'étais célibataire. Puis j'ai rencontré quelqu'un. Aujourd'hui j'ai droit régulièrement à des réflexions. A les écouter, je n'en fais jamais assez. Ça me mine. Où que je sois, chez moi ou au travail, je culpabilise".

Le conseil de Sandrine Weisz : Apprendre à dire non, en argumentant Pourquoi en est-on là ? Ne pas vouloir dire non par peur d'être mal jugé est une attitude courante chez les jeunes... c'est un tort. Certes, un manager souhaite avoir des salariés impliqués mais qui tiennent sur la longueur ! Dans l'histoire, les 2 sont perdants.
Que faire ? Florence doit expliquer à son patron pourquoi elle doit refuser ou repousser à plus tard certaines tâches qu'on souhaite lui confier, en n'omettant pas d'argumenter. Non pas avec des raisons personnelles - "je ne peux parce que je pars avec mon amoureux en week-end" - mais purement professionnelles - "j'estime à 8 heures le travail que l'on m'a déjà confié. Je ne pourrais pas faire plus aujourd'hui". Et si de temps en temps, elle accepte de finir plus tard le soir ou de travailler le week-end, surtout mentionner que ça reste du domaine de l'exceptionnel. Concilier vie privée et vie professionnelle : tout un art qui s'apprend avec l'expérience !

"Mon collègue me fait des avances" Estelle, 23 ans, commerciale

"J'ai tout de suite voulu tisser des liens d'amitié avec les commerciaux de mon équipe. C'était important pour moi de montrer que j'étais intégrée et acceptée. Sauf que l'un d'eux a pensé que je le draguais ! Non seulement il s'est autorisé des gestes et des attitudes déplacées mais il m'a fait les pires vacheries. Il y a quelques semaines, je me suis enfin décidée à lui parler, ça n'a fait qu'aggraver la situation. Je ne sais plus quoi faire et je songe fortement à donner ma démission".

Le conseil de Sandrine Weisz : Le remettre à sa place... avec tact ! Pourquoi en est-on là ? Estelle le dit elle-même : elle a voulu tisser des liens d'amitié au plus vite. Or intégrer une équipe demande du temps. Elle aurait dû se laisser une période d'observation avant de faire ami-ami. Elle se serait alors peut-être rendu compte qu'avec cette personne, son attitude risquait d'être mal interprétée. Cette soif d'intégration est pour moi un défaut de jeunesse typique. Lorsque l'on n'a pas encore acquis toutes les compétences professionnelles, on a tendance à accorder beaucoup d'importance au relationnel.
Que faire ? Pour éviter que la situation n'empire, Estelle doit mettre les formes, par exemple, privilégier le "on" au "tu" pour ne pas donner l'impression de juger. Plutôt que "je ne souhaite pas que tu t'autorises des gestes familiers envers moi", mieux vaut dire, "je ne souhaite pas que notre relation soit sur un registre trop familier". C'est moins vexant pour l'interlocuteur.

"Les dénigrements systématiques de mon travail m'ont rendue malade" Karine, 25 ans, chargée de communication

"Mon patron me fait en permanence des reproches et des remarques dévalorisantes, et ce même devant mes collègues. Il ne considère jamais mes efforts ni ce qui fonctionne bien. Ce perpétuel dénigrement de mon travail m'a fait perdre toute confiance en moi, sur le mode "Est-ce que ce n'est pas moi qui ai un problème ?". Il y a quelques mois, j'ai été hospitalisée pour un ulcère. Une collègue lui a fait comprendre qu'il avait une part de responsabilité dans cet arrêt maladie. Son comportement à mon égard a changé puis c'est reparti de plus belle. Pourtant, je n'ose pas lui rentrer dedans. Il m'intimide et m'impressionne."

Le conseil de Sandrine Weisz : Recadrer au plus vite
Pourquoi en est-on là ? Karine pense qu'elle a un problème alors que c'est clairement son patron ! Il tente de se donner de l'importance en dénigrant son travail. Elle aurait dû réagir tout de suite, et s'est laissée enfermer dans une relation de pouvoir qui est devenue habituelle. Encore aujourd'hui, elle n'ose pas lui parler alors qu'elle sait que ses ennuis de santé sont en partie dûs à cela.

Que faire ? Premièrement, demander un entretien de recadrage. Elle doit lui dire qu'elle ne peut plus fonctionner de cette manière et poser clairement des limites. C'est à elle - et à elle seule - de lui exprimer son ressenti sur son comportement, en n'oubliant pas d'être aussi factuelle que possible. Une discussion franche suffit parfois à percer l'abcès. Mais si rien ne change, elle devra en référer à son N+2.

* Sandrine Weisz, est consultante depuis 10 ans en RH. Elle anime des séminaires de formation en entreprise et intervient à l'IEP de Paris sur le thème "Conflit et négociation". Elle est l'auteur de "Gérer des personnalités difficiles au travail", paru aux éditions Maxima.

Régler une situation conflictuelle au travail

4 astuces pour limiter la casse

1. Ne pas rester dans son coin à ruminer ses problèmes. Il faut essayer de dialoguer et de s'exprimer. Les conflits s'enveniment lorsqu'on les ignore.

2. Faire appel à un coach. Si les collègues peuvent être un bon soutien en vous aidant à analyser la situation et à voir comment faire différemment, un coach apporte un regard extérieur et permet de prendre du recul en posant les bonnes questions. Il vous permettra de faire face à la situation en restant dans le factuel et sans tomber dans le jugement.

3. Ne pas s'enfermer dans une attitude négative. Pour ne pas perdre confiance en vous, il faut s'entraîner à repérer les petits riens qui font plaisir : un bon contact avec un client, un nouveau projet à lancer...

4. Apprenez à relativiser... et à respirer. Une activité sportive, par exemple, peut aider à se détendre et à éviter une agressivité inutile.

Mis en ligne le 6 Avril 2009

apec.fr