Je suis nommé manager : comment déjouer les pièges des 6 premiers mois ?
13 Février 2009
Lu par 2133 personne(s)
Toute nouvelle nomination est une période délicate qu'il s'agit de gérer au mieux, en évitant les principaux écueils qui guettent tout manager débutant, que ce soit dans le cadre d'une évolution interne ou de débuts dans une nouvelle entreprise.
La promotion tant attendue arrive enfin : vous êtes nommé manager ! Durant les 6 mois qui vont suivre, vous allez être en phase de « rodage » et d’observation, aussi bien auprès de votre hiérarchie que de vos équipes. Six mois, six erreurs à ne pas commettre : les conseils de Lionel Bellenger, auteur de nombreux ouvrages sur le coaching, directeur délégué de Centoridep (Groupe Nuages Blancs), maître de conférence à HEC.
Erreur numéro 1 : considérer que tout est acquis.
Un conseil de bon sens mais qui gagne à être répété : lorsque l’on se voit confier un poste de manager, la grosse erreur est de considérer que tout est acquis. « Au contraire, » note Lionel Bellenger, « C’est souvent là que les ennuis commencent vraiment ! Un responsable passe son temps à essayer de résoudre des problèmes, en apportant des solutions positives. Tensions, conflits, jalousies et quotidien difficile font partis des réalités du métiers, et ce quelle que soit l’entreprise. L’organisation idéale, sans problèmes, n’existe pas ».
A faire : Cerner rapidement les principaux obstacles et avoir une bonne vision de ce qui se passe. « Certaines d’entreprises ont des processus d’intégration bien ficelés, avec séminaires, déjeuners en compagnie des grands patrons, briefings etc. Si vous avez la chance d’être dans ce cas, jouez le jeu à fond sans craindre de passer pour un « fayot » et montrez ce que l’on attend de vous, c’est à dire un investissement à tout épreuve » indique Lionel Bellenger*, « Dans le cas contraire, vous devrez mener votre propre enquête en vous appuyant au maximum sur votre hiérarchie directe. Repérez les personnes en poste depuis longtemps, celles qui sont un peu la mémoire de l’entreprise et dont le savoir est précieux. Adoptez une attitude ouverte et humble : vous êtes là pour apprendre ».
Erreur numéro 2 : remettre en cause ce qui a été fait.
Arriver en critiquant et en voulant tout révolutionner est une grossière erreur. « Rare sont les entreprises où tout est mauvais. Il arrive que l’on soit nommé dans une entreprise en plein mélodrame (prédécesseur licencié, fusion ou acquisition avec des équipes diverses à intégrer…), mais la situation reste exceptionnelle pour un premier poste de manager. Dans la majorité des cas, certaines choses sont à poursuivre, d’autre à modifier… en douceur et avec diplomatie ».
A faire : « Parler avec son prédécesseur. Si il n’est plus là, aller voir le N + 2. D’une manière générale, il s’agira de reprendre dans un premier temps des éléments de l’ancienne organisation en insufflant progressivement sa propre marque de fabrique. Mais prudemment, sans s’attaquer à personne, ni critiquer ce qui a été fait ».
Erreur numéro 3 : se présenter en « leader maximo »
Une première approche sous forme de grande messe de présentation face à un auditoire en majeure partie inconnu est une grossière erreur et vous fera cataloguer « cador qui s’impose » (« c’est moi, j’arrive ! »). Même chose lors des premières réunions avec vos supérieurs : intervenir à tout bout de champs et surtout à mauvais escient est nuisible à votre image.
A faire : « Pour les premières réunions avec la hiérarchie, mieux vaut se poser en observateur et intervenir deux à trois fois sur un sujet que l’on maîtrise vraiment bien et en avançant prudemment (« Voilà ce que moi j’ai observé… »). Avec les équipes, il convient de rencontrer les gens individuellement, d’écouter ce qu’ils ont à dire un par un. Dans un deuxième temps, une réunion globale permettra de se présenter soi-même. Ensuite, il s’agira de fixer très vite une stratégie et de prendre les affaires en cours en annonçant, par exemple, un briefing hebdomadaire, une réunion mensuelle etc. Dans tous les cas, marquez votre territoire, soyez clair, et appuyez vous sur les gens en poste ».
Erreur numéro 4 : chercher à se justifier face à l’adversité.
Vous êtes nommé manager et cela ne plaît visiblement pas à tout le monde : certains de vos anciens collègues peuvent ainsi se retrouver sous vos ordres. Vous pouvez aussi être appelé dans une entreprise dans laquelle on ne vous connaît pas et y gérer des gens plus âgés que vous. Ou encore prendre un poste qu’une personne visait depuis plusieurs années… Autant de situations délicates à surmonter.
A faire: « Dans tous les cas, vous n’avez pas à vous justifier de quoi que ce soit. Il faut accepter sans broncher certaines attitudes distantes, les petites frustrations… En revanche, si quelque chose ne va vraiment pas, parlez-en franchement ». Et laissez du temps au temps : la confiance se gagne progressivement, comme le montre ce témoignage de Laure, responsable du style dans une grande maison parisienne : « J’ai été nommée à la tête d’une équipe de stylistes dont on venait de licencier la responsable car la maison allait mal. Ces filles étaient toutes copines, très soudées et liguées contre la direction. Beaucoup n’avaient connues que cette boîte, ce qui aggravait les choses car elles manquaient de recul. Leur attitude à mon égard a été volontairement antipathique. Les trois premiers mois furent les plus durs de ma carrière. Parfois, j’étais à la limite de craquer mais j’ai tenu bon, en partie car j’étais soutenue par ma hiérarchie. Quatre mois plus tard, une partie de l’équipe avait démissionné et les autres rallié ma cause. Le succès de notre premier défilé commun nous a soudé et j’ai su que j’étais adoptée lorsque « Laure » est devenue « Lolo ».
Erreur numéro 5 : s’accoler avec un collègue et le suivre tout le temps.
Lorsque l’on arrive dans une organisation que l’on ne connaît pas bien, rester scotché à un supérieur direct ou à un collègue ne donne qu’une vision très partiale de l’entreprise, alors que l’objectif, durant ces premières semaines, est de s’ouvrir à un maximum de « sons de cloche ».
A faire :Les premières semaines sont stratégiques. Il s’agit rapidement de capter ce qui se passe dans l’entreprise : Qui fait quoi ? Comment se prennent les décisions ? Comment circule l’information ? Qui décide ? « Pour cela, prenez l’initiative d’aller au devant des gens, parlez leur. A la cantine, ne vous mettez pas toujours en face du même collègue. N’hésitez pas à vous mêler à des groupes pour faire connaissance. Imposez-vous avec politesse et sens de l’écoute ».
Erreur numéro 6 : refuser un poste de manager.
« Trop tôt ». « Ce n’est pas le moment ». « On verra dans un an…». Nombreuses sont les raisons qui peuvent pousser un jeune à refuser une promotion. Car manager veut souvent dire aussi avoir plus de soucis… Que faire ? Comment un tel refus sera-t-il perçu par la hiérarchie ? Quelles pourront être ses conséquences ?
A faire : Ne refuser qu’en cas de force majeure : « J’ai connu le cas d’une jeune femme à laquelle on a proposé une promotion et qui a eu l’honnêteté de dire qu’elle comptait avoir un enfant cette année là. Elle a eu le poste à son retour de congé maternité. Hormis ce cas assez exceptionnel, je conseille de ne pas refuser de nouvelles responsabilités car cela risque d’être perçu comme un manque de prise de risque. Il faut relever le défi. Ressentir de l’anxiété, voire de la peur, est normal et plutôt sain ! Au contraire : le cas du jeune écervelé qui foncerait tête baissée sans se poser de questions est bien plus inquiétant ». Pour se rassurer, sachez que si l’on vous propose un poste, c’est qu’on estime que vous êtes à la hauteur, même si vous n’êtes pas sensés tout savoir. « Beaucoup de grands patrons ont raconté par la suite qu’ils étaient un peu « short » pour leur premier job de manager. Ils ont appris sur le tas et se sont adaptés » conclut Lionel Bellenger*. Goût du risque et capacité d’adaptation sont deux qualités majeures d’un bon manager.
Mis en ligne le 13 février 2009
lexpansion.com
La promotion tant attendue arrive enfin : vous êtes nommé manager ! Durant les 6 mois qui vont suivre, vous allez être en phase de « rodage » et d’observation, aussi bien auprès de votre hiérarchie que de vos équipes. Six mois, six erreurs à ne pas commettre : les conseils de Lionel Bellenger, auteur de nombreux ouvrages sur le coaching, directeur délégué de Centoridep (Groupe Nuages Blancs), maître de conférence à HEC.
Erreur numéro 1 : considérer que tout est acquis.
Un conseil de bon sens mais qui gagne à être répété : lorsque l’on se voit confier un poste de manager, la grosse erreur est de considérer que tout est acquis. « Au contraire, » note Lionel Bellenger, « C’est souvent là que les ennuis commencent vraiment ! Un responsable passe son temps à essayer de résoudre des problèmes, en apportant des solutions positives. Tensions, conflits, jalousies et quotidien difficile font partis des réalités du métiers, et ce quelle que soit l’entreprise. L’organisation idéale, sans problèmes, n’existe pas ».
A faire : Cerner rapidement les principaux obstacles et avoir une bonne vision de ce qui se passe. « Certaines d’entreprises ont des processus d’intégration bien ficelés, avec séminaires, déjeuners en compagnie des grands patrons, briefings etc. Si vous avez la chance d’être dans ce cas, jouez le jeu à fond sans craindre de passer pour un « fayot » et montrez ce que l’on attend de vous, c’est à dire un investissement à tout épreuve » indique Lionel Bellenger*, « Dans le cas contraire, vous devrez mener votre propre enquête en vous appuyant au maximum sur votre hiérarchie directe. Repérez les personnes en poste depuis longtemps, celles qui sont un peu la mémoire de l’entreprise et dont le savoir est précieux. Adoptez une attitude ouverte et humble : vous êtes là pour apprendre ».
Erreur numéro 2 : remettre en cause ce qui a été fait.
Arriver en critiquant et en voulant tout révolutionner est une grossière erreur. « Rare sont les entreprises où tout est mauvais. Il arrive que l’on soit nommé dans une entreprise en plein mélodrame (prédécesseur licencié, fusion ou acquisition avec des équipes diverses à intégrer…), mais la situation reste exceptionnelle pour un premier poste de manager. Dans la majorité des cas, certaines choses sont à poursuivre, d’autre à modifier… en douceur et avec diplomatie ».
A faire : « Parler avec son prédécesseur. Si il n’est plus là, aller voir le N + 2. D’une manière générale, il s’agira de reprendre dans un premier temps des éléments de l’ancienne organisation en insufflant progressivement sa propre marque de fabrique. Mais prudemment, sans s’attaquer à personne, ni critiquer ce qui a été fait ».
Erreur numéro 3 : se présenter en « leader maximo »
Une première approche sous forme de grande messe de présentation face à un auditoire en majeure partie inconnu est une grossière erreur et vous fera cataloguer « cador qui s’impose » (« c’est moi, j’arrive ! »). Même chose lors des premières réunions avec vos supérieurs : intervenir à tout bout de champs et surtout à mauvais escient est nuisible à votre image.
A faire : « Pour les premières réunions avec la hiérarchie, mieux vaut se poser en observateur et intervenir deux à trois fois sur un sujet que l’on maîtrise vraiment bien et en avançant prudemment (« Voilà ce que moi j’ai observé… »). Avec les équipes, il convient de rencontrer les gens individuellement, d’écouter ce qu’ils ont à dire un par un. Dans un deuxième temps, une réunion globale permettra de se présenter soi-même. Ensuite, il s’agira de fixer très vite une stratégie et de prendre les affaires en cours en annonçant, par exemple, un briefing hebdomadaire, une réunion mensuelle etc. Dans tous les cas, marquez votre territoire, soyez clair, et appuyez vous sur les gens en poste ».
Erreur numéro 4 : chercher à se justifier face à l’adversité.
Vous êtes nommé manager et cela ne plaît visiblement pas à tout le monde : certains de vos anciens collègues peuvent ainsi se retrouver sous vos ordres. Vous pouvez aussi être appelé dans une entreprise dans laquelle on ne vous connaît pas et y gérer des gens plus âgés que vous. Ou encore prendre un poste qu’une personne visait depuis plusieurs années… Autant de situations délicates à surmonter.
A faire: « Dans tous les cas, vous n’avez pas à vous justifier de quoi que ce soit. Il faut accepter sans broncher certaines attitudes distantes, les petites frustrations… En revanche, si quelque chose ne va vraiment pas, parlez-en franchement ». Et laissez du temps au temps : la confiance se gagne progressivement, comme le montre ce témoignage de Laure, responsable du style dans une grande maison parisienne : « J’ai été nommée à la tête d’une équipe de stylistes dont on venait de licencier la responsable car la maison allait mal. Ces filles étaient toutes copines, très soudées et liguées contre la direction. Beaucoup n’avaient connues que cette boîte, ce qui aggravait les choses car elles manquaient de recul. Leur attitude à mon égard a été volontairement antipathique. Les trois premiers mois furent les plus durs de ma carrière. Parfois, j’étais à la limite de craquer mais j’ai tenu bon, en partie car j’étais soutenue par ma hiérarchie. Quatre mois plus tard, une partie de l’équipe avait démissionné et les autres rallié ma cause. Le succès de notre premier défilé commun nous a soudé et j’ai su que j’étais adoptée lorsque « Laure » est devenue « Lolo ».
Erreur numéro 5 : s’accoler avec un collègue et le suivre tout le temps.
Lorsque l’on arrive dans une organisation que l’on ne connaît pas bien, rester scotché à un supérieur direct ou à un collègue ne donne qu’une vision très partiale de l’entreprise, alors que l’objectif, durant ces premières semaines, est de s’ouvrir à un maximum de « sons de cloche ».
A faire :Les premières semaines sont stratégiques. Il s’agit rapidement de capter ce qui se passe dans l’entreprise : Qui fait quoi ? Comment se prennent les décisions ? Comment circule l’information ? Qui décide ? « Pour cela, prenez l’initiative d’aller au devant des gens, parlez leur. A la cantine, ne vous mettez pas toujours en face du même collègue. N’hésitez pas à vous mêler à des groupes pour faire connaissance. Imposez-vous avec politesse et sens de l’écoute ».
Erreur numéro 6 : refuser un poste de manager.
« Trop tôt ». « Ce n’est pas le moment ». « On verra dans un an…». Nombreuses sont les raisons qui peuvent pousser un jeune à refuser une promotion. Car manager veut souvent dire aussi avoir plus de soucis… Que faire ? Comment un tel refus sera-t-il perçu par la hiérarchie ? Quelles pourront être ses conséquences ?
A faire : Ne refuser qu’en cas de force majeure : « J’ai connu le cas d’une jeune femme à laquelle on a proposé une promotion et qui a eu l’honnêteté de dire qu’elle comptait avoir un enfant cette année là. Elle a eu le poste à son retour de congé maternité. Hormis ce cas assez exceptionnel, je conseille de ne pas refuser de nouvelles responsabilités car cela risque d’être perçu comme un manque de prise de risque. Il faut relever le défi. Ressentir de l’anxiété, voire de la peur, est normal et plutôt sain ! Au contraire : le cas du jeune écervelé qui foncerait tête baissée sans se poser de questions est bien plus inquiétant ». Pour se rassurer, sachez que si l’on vous propose un poste, c’est qu’on estime que vous êtes à la hauteur, même si vous n’êtes pas sensés tout savoir. « Beaucoup de grands patrons ont raconté par la suite qu’ils étaient un peu « short » pour leur premier job de manager. Ils ont appris sur le tas et se sont adaptés » conclut Lionel Bellenger*. Goût du risque et capacité d’adaptation sont deux qualités majeures d’un bon manager.
Mis en ligne le 13 février 2009
lexpansion.com
