L'entreprise, ses valeurs, son humanisme, son éthique : une vue de l'esprit ?

On peut effectivement se le demander au regard des pratiques de management qui prévalent au niveau international, sous l'égide des fonds de capitaux (de pension, hedge ou souverain maintenant).

Les DRH en savent quelque chose, dans le milieu desquels on est habitué maintenant à la ligne de conduite édictée à l'entrée de ces nouveaux propriétaires de l'entreprise : "moins 20 %". De dépenses, et, partant de personnel, bien sûr.

Moins 20% pour obtenir un retour sur investissement annuel de 15 %, ce qui est la norme de ces financiers qu'on a peine à appeler encore "entrepreneurs". Quand même, ils possèdent plus de 40 % du capital des entreprises du CAC 40 et au niveau international ce sont des dizaines de milliers de maisons-mères, des centaines de milliers de filiales et, on l'estime, plus de 60 millions de salariés. Lorsque le ton est ainsi donné, quelle place à l'éthique et aux valeurs ? Peut-on parler d'humanisme parce qu'on licencie "proprement", avec un bon chèque, amorti sur l'année grâce à la pression accrue sur les collègues restés ou remplacés à moindres coûts ?

C'est vrai que le programme Global Compact Reporting existe ainsi que des chartes, onusiennes et européennes et même un règlement de responsabilité sociale française. A une nuance près : dans la logique de libéralisation mondiale, rien de tout cela n'est contraignant. On fait si on veut. Et on sait ce que cela donne lorsque, par ailleurs, rien n'arrête qu'on puisse faire, sans entrave ni empêcheur de tourner en rond.

Ce qui prime alors c'est l'opportunité, la marge et son propre intérêt. C'est ce capitalisme financier que Claude Bébéar dénonce comme en train de tuer l'entreprise et l'entreprenariat.
On ne peut même pas se réfugier derrière le "small is beautiful". Ce sont les majors qui donnent le ton et le reste, compétitivité oblige, doit suivre ou disparaître. Alors, quel espoir pour les valeurs et l'entreprise utile non seulement à ses actionnaires, mais aussi à l'humanité ?
Essentiellement son image et sa notoriété. C'est-à-dire concrètement la liberté du consommateur à continuer ou non d'acheter ses produits ou la snober. Compliqué, parce qu'elles sont souvent multi-produits et ont des moyens puissants de communication. Mais efficace, nous dit-on, car très sensible, dans la concurrence internationale exacerbée, à la moindre variation de la marge. C'est pour éviter de tels revers que la promotion des valeurs et l'humanisme ont besoin de faire l'objet de politiques préventives dans l'entreprise. Quand l'intérêt rejoint l'idéologie, c'est naturellement moins romantique que l'utopie, mais plus certainement plus solide à moyen et long terme.

Publié le 21 Juillet 2008

Mis en ligne le 22 Août 2008

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