"Les écoles de commerce tirent les leçons de la crise en mettant l’accent sur la déontologie"
7 Septembre 2010
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Capital.fr : En juin dernier, le Cercle de l’Entreprise que vous présidez a co-publié un rapport au titre sans équivoque : "repenser la formation des managers". Avez-vous l’impression que les écoles de management ont réellement tiré les leçons de la crise ?
Jean-Pierre Helfer : La crise a agi comme un électrochoc. Les enseignants et les directeurs d’établissement ont compris que maîtriser les outils financiers les plus complexes ne suffisait pas à former de bons managers. L’affaire Kerviel est l’illustration de cette croyance naïve dans l’efficacité d’outils financiers, qui passe avant même la déontologie. Les écoles ont été désignées coupables, nous le serions effectivement si nous ne changions pas nos façons d’enseigner.
Capital.fr : Au-delà du constat, que faut-il changer concrètement ?
Jean-Pierre Helfer : A nous de développer l’esprit critique de nos étudiants. Ils ne doivent plus prendre pour argent comptant les théories. Dès le début de leur cursus, les grandes écoles doivent inciter leurs élèves à se poser des questions éthiques et pas simplement opérationnelles. La seconde priorité est de renforcer la transversalité des enseignements. Les enseignants doivent replacer tous les cours pratiques comme la finance dans un contexte historique ou sociologique. Si nos étudiants avaient eu un cours heure par heure de la crise de 1929, les subprimes n’auraient vraisemblablement jamais existé. Asseoir la technique sur un fond culturel permet de prendre du recul, afin de ne pas laisser la porte ouverte aux dérapages.
Capital.fr : Depuis le printemps 2010, les étudiants d’Harvard prêtent serment sur un code déontologique. Encouragez-vous ce type d’initiative ?
Jean-Pierre Helfer : Je ne suis pas convaincu par ce genre de "Serment d'Hippocrate" des managers. Il s’agit de simples promesses sans conséquences comme "je ferai mon travail de manière éthique", "je présenterai exactement et honnêtement les résultats et les risques pris par mon entreprise". En entreprise, les bonnes pratiques ne répondent pas à une conduite idéale mais doivent être réfléchies et s’adapter au contexte.
Capital.fr : Comment comptez-vous donner l’exemple dans votre propre école ?
Jean-Pierre Helfer : En 2009, nous avons adopté le slogan "Donner du sens au management". Autrement dit, Audencia incite à la réflexion sur la déontologie, les obligations professionnelles. Ensuite, nous allons renforcer les "search skills". Les projets de recherche ont en effet le mérite de sensibiliser les étudiants à l’exigence de précision, de réflexion et de les extraire d’une temporalité souvent trop immédiate. Pour prendre de la distance par rapport à la pratique, nos 520 diplômés passent chaque année un "oral des compétences" qui leur permet de dresser un bilan des leurs acquis après leur stage. Enfin, je souhaite davantage valoriser l’engagement associatif dans le cursus. Manager est, en effet, un art qui suppose avant tout des compétences relationnelles.
Publié le 24 août 2010
Mis en ligne le 7 septembre 2010
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