L'usage de l'e-mail perturbe-t-il le fonctionnement des équipes ?

L'e-mail est devenu en quelques années l'une des principales modalités d'échange dans la vie professionnelle. Il offre l'avantage de permettre à celui qui le reçoit de le traiter au moment où cela lui convient. Et pourtant, tout le monde s'en plaint. Deux critiques principales sont faites, la première concerne leur quantité, et la seconde, la déshumanisation de l'outil. Arrêtons-nous sur ce second point. « Vous vous rendez compte, me disait récemment un dirigeant d'une grande entreprise, deux assistantes qui travaillent dans le même bureau s'envoient des e-mails. » Chacun perçoit intuitivement qu'il est important de passer du temps ensemble, mais pourquoi ? Souvent, ce qui est avancé concerne l'importance de se connaître pour bien travailler ensemble. C'est exact, mais plus encore, ce que permet le contact direct, c'est l'apprentissage et l'ajustement social mutuel. L'apprentissage social est le mécanisme qui nous permet de capter la communication non verbale, de l'intégrer et d'en tenir compte dans notre ajustement relationnel.
Le message principal que transmet la communication non verbale est émotionnel. Je capte l'émotion de l'autre et je m'y ajuste. Ce mécanisme induit une régulation puissante qui permet aux participants d'une même réunion de converger. En percevant l'anxiété de différents participants, je prends conscience d'un enjeu du contexte dont nous parlons qui m'avait échappé jusqu'à présent. Ou, à l'inverse, en voyant la sérénité de mes pairs face à une situation qui me rendait anxieux, mon inquiétude s'atténue. Ce mécanisme mutuel enrichit la vision de la situation ou la compréhension du problème qui se pose. Ainsi, à travers la perception des émotions des autres, on accède à une meilleure objectivation des problèmes.

Bien sûr, beaucoup de nos échanges ne nécessitent pas d'ajustement émotionnel. Nous nous transmettons de l'information factuelle. Mais l'émotion survient là où on ne l'attend pas et particulièrement en période de changement.

Si certains accordent si peu d'importance à cet apprentissage, c'est qu'il se fait, la plupart du temps, sans que nous en soyons conscients. Nous captons les signaux faibles du langage non verbal des autres sans nous en rendre compte. Nous les intégrons dans nos raisonnements à notre insu. Rappelons-nous que nous avons appris à échanger sur le plan émotionnel avant même de parler. Mais cette dimension d'intelligence émotionnelle collective vient heurter l'esprit rationnel de beaucoup de managers. Ils caressent l'idée que le raisonnement pourrait être exempt d'émotions et la gestion des hommes purement rationnelle. Ceux-là se plaisent dans l'échange d'e-mails, peut-être vaudrait-il mieux dire s'y complaisent : c'est tellement plus facile de ne pas avoir à se confronter à l'autre ! Mais, à ne pas tenir compte de la dimension humaine de l'échange, non seulement, on l'appauvrit, mais on ¬provoque des réactions émotionnelles qui les compliquent considérablement.

Mis en ligne le 19 octobre 2010

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