Mieux diriger:"je dois motiver mon équipe pour une écheance cruciale"

Privé de titulaires incontestés, à la recherche de joueurs aux postes clés, à la tête d'un collectif fatigué, Bernard Laporte mobilise sa science du ballon ovale pour bâtir une équipe conquérante pour la Coupe du monde. " Etre coach, c'est d'abord ne pas se mentir ", assure-t-il. Un message pour les managers ? Ses recettes pour rebondir.

SELECTIONNER LES MEILLEURS
" Le plus dur est de faire la sélection des meilleurs joueurs pour chaque poste. Je les décèle en supervisant tous les matchs de clubs. Après, il faut préparer les rencontres. On ne peut pas être un entraîneur si on n'aime pas les autres pour les rendre plus performants et amener l'équipe à 120 % de ses moyens. Le rugby est un sport de combat. L'engagement physique est déterminant. Il y a une notion d'usure physique de l'adversaire. Ce sont les hommes qui gagnent, pas le système de jeu. Cela demande de la générosité, du courage, de la solidarité et un travail quotidien. L'aisance vient de la répétition des gestes fondamentaux. On ne peut s'entraîner sans conviction et en avoir sur le terrain. Une équipe à une âme. Lorsque le courant passe, les forces s'additionnent. "

FAVORISER LA COHESION
" Le coach est un professionnel de l'écoute. Je dois donc instaurer une capacité d'échange permanente entre le staff et les joueurs. Je ne dois jamais laisser de non-dits. J'aime les individus francs. C'est le point de départ de la cohésion. En tant qu'entraîneur, je dois solliciter l'écoute. Je suis celui qui sélectionne, c'est donc à moi d'aller vers les joueurs. L'écoute, il faut la déclencher par la discussion, en s'appuyant sur un groupe de 4 à 5 joueurs exemplaires, qui constitue un réseau de débriefing permanent pour déceler les problèmes. J'explique pourquoi je sélectionne tel joueur et écarte tel autre. Ce qui ne veut pas dire que je fais toujours les bons choix ! Mais être exemplaire, c'est expliquer. Et il faut rester vigilant pour ne pas laisser pourrir la situation. Sinon, ce n'est plus gérable. "

L'ENTRAINEUR DOIT ETRE ENTRAINANT
" Derrière le mot entraîneur, il y a entraînant. Je dois donc créer les conditions de la motivation et la transmettre dans la bonne humeur. Si mes joueurs arrivent sur le terrain avec entrain, le match est à moitié gagné. Pour éviter la monotonie et la lassitude de l'entraînement, je m'entoure d'un staff technique (diététiciens, masseurs etc.) qui a aussi un rôle clé. Au début, j'ai commencé sans adjoint car je ne connaissais pas les autres entraîneurs. Alors j'ai fait un tour de France des clubs pour les rencontrer. J'ai mis deux ans avant de composer mon staff. Je ne voulais pas me tromper et me séparer d'un adjoint après quelques mois. L'effet aurait été désastreux sur le groupe. J'ai choisi mes adjoints en fonction de mon idée du rugby et de la vie. Tout est sain et cohérent entre nous. Les joueurs le perçoivent. C'est ensemble que l'on progresse.

Jean-Michel Meyer

Mis en ligne le 15 septembre 2008

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