Solutions aux problèmes de décalage horaire

Pivot de l'organisation de ceux qui passent leur vie entre deux avions ou qui managent des équipes dispersées : déjouer les pièges des fuseaux horaires. Voici comment. Avions, visioconférences, intranet planétaire ... De nombreux cadres jonglent avec les fuseaux horaires et les milliers de kilomètres. Pigeons voyageurs, ils ont appris à gérer le décalage, le fameux jet lag, et même à en tirer parti. A orchestrer des équipes réparties sur plusieurs continents.
Qu'ils soient basés à la City de Londres, à la Défense ou à Milan, les managers européens sont passés maître dans ce jeu d'équilibriste. Idéalement situés sur la mappemonde, ils communiquent tout au long de la journée : de l'Asie tôt le matin à la Californie tard le soir. Illustration avec quelques-unes de leurs stratégies, tant pour préserver leur rythme biologique que pour optimiser l'organisation du travail à distance.

1 Gérer sommeil et temps de repos
Basé à Londres et vice-président du développement AsiePacifique d'Orange, Dharman Sury, 35 ans, se rend en Extrême-Orient toutes les deux ou trois semaines. Il choisit soigneusement ses vols. «Je pars toujours de nuit, de façon à dormir au moins cinq ou six heures dans l'avion pour enchaîner directement en arrivant le matin. Je récupère la nuit suivante.» Ces grands voyageurs, le docteur Thibaut Gentina en voit passer beaucoup dans son laboratoire du sommeil, à la clinique de la Louvière, à Lille. «Pour un déplacement de quarante-huit à soixante-douze heures, mieux vaut rester dans le rythme de son pays de départ. Au-delà, il faut vite se caler sur les horaires locaux.» Le médecin propose aussi de tenir un agenda du sommeil, pour «connaître ses besoins et ses capacités de récupération».

Responsable de la médecine du travail à Air France, Catherine Moussu encourage la pratique de la sieste pour le personnel navigant décalé, «la sieste-flash de quelques secondes qui redonne de la lucidité pendant l'heure qui suit, celle de vingt minutes, réparatrice, ou celle, longue, d'une heure trente ou de trois heures». Attention, «si l'on a deux heures devant soi, mieux vaut mettre son réveil au bout d'un cycle d'une heure trente». Sans quoi, on risque d'être vaseux.
Pour récupérer, la nuit, le médecin conseille de dormir dans une chambre fraîche (18 degrés), la plus obscure et la plus calme possible, quitte à se munir d'un masque et de boules Quiès. «En cas d'insomnie rebelle à 3 heures du matin, sortez du lit, prenez une tisane, un muffin, un livre pas trop palpitant, et vous vous rendormirez facilement.»

2 Bannir excitants et somnifères
Physicien pour un laboratoire d'Etat américain, Lahsen Assoufid, 48 ans, privilégie «les compagnies aériennes fiables, qui évitent la fatigue et le stress supplémentaires des retards». Il s'est même offert, sur ses deniers, le programme de fidélité Red Carpet (tapis rouge) d'United Airlines, qui lui assure des lits de repos dans les aéroports. A Air France, le docteur Catherine Moussu insiste sur les bonnes habitudes à garder pendant les déplacements : «Eviter les excitants enfin de journée, café, thé, et même chocolat. Privilégier les sucres lents et les fibres. Faire du sport.» Faut-il prendre des médicaments, notamment la fameuse mélatonine, censée recaler vite ? En vente libre aux EtatsUnis, interdite en France sauf dans les pharmacies des hôpitaux, elle a des effets controversés. Le docteur Gentina en prescrit parfois. En revanche, il met en garde contre les somnifères. «Certaines personnes en ressentent les effets plusieurs heures, voire quelques jours après le voyage.»

3 Economiser les déplacements...
«Voyager peut devenir une drogue. Certains managers se déplacent inutilement», estime Marie-José Forissier, présidente du groupe Sociovision. Pendant près de quinze ans, cette quinquagénaire a dirigé, pour le compte de l'américain Initiative Media, des équipes éclatées. «Il fallait être rigoureux, traiter avec chaque continent au fur et à mesure qu'il se réveille.» Chasseuse de têtes au cabinet Taste RH, Caroline Caïs souligne que le management à distance est «usant, car il requiert une gymnastique intellectuelle permanente». Elle a recruté des cadres pour la Russie, où le décalage horaire peut atteindre quatorze heures. «La spécificité de mon job, c'est de travailler avec des gens qui voyagent beaucoup. Ce qui nous oblige à une grande discipline», ajoute Dharman Sury, à Orange. Jamais un rendez-vous téléphonique ne sera fixé sans préciser à quelle heure et dans quel fuseau horaire. «Je participe à plusieurs conf -calls par jour, parfois depuis l'Eurostar, poursuit le trentenaire. On finit par s'habituer à parler dans une boîte noire, seul dans une pièce.»

Directeur du studio parisien d'effets spéciaux numériques Sparx, Didier Kwak, travaille en étroite relation avec son équipe au Vietnam. «Lorsque nous décidons une réunion téléphonique, chacun fait un effort : les Français qui ne pourront pas déjeuner à 12 h 30 et ceux d'Hô Chi Minh-Ville qui ne dîneront pas en famille.» Mais communiquer au bout du monde ne s'improvise pas. Tout envoi de message électronique important doit être suivi d'un coup de fil pour voir s'il a été reçu. Et bien compris.

4... en usant des outils high-tech
Sparx, le studio d animation, n'a pas les moyens d'acheter un lourd équipement, mais tire pleinement profit d'Internet. Didier Kwak explique : «On échange des données lourdes, notamment des images qu'on compresse. Le reste se fait par webcam, y compris la projection sur grand écran de certaines séquences de films ou les instructions du réalisateur depuis Paris.»
Directeur marketing dans la société informatique EMC, Hani Roumieh a beaucoup communiqué par vidéoconférence. Réunions régulières, échange de bonnes pratiques, et même embauches. Par exemple au Japon ! «On perçoit le regard, le sourire, même si l'image est parfois un peu saccadée.»
A Orange, Dharman Sury joue bien sûr avec tous les moyens maison - courriel, messagerie instantanée, pont téléphonique, auquel 15 à 20 personnes peuvent se connecter ensemble. Pourtant, pour lui comme pour tous ces citoyens du monde, rien ne remplace le contact physique pour sentir la dimension affective ou jauger les différences culturelles.

Mis en ligne 6 mai 2008

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