S'organiser pour sortir tôt du bureau

«Autres temps, autres moeurs» : un cadre peut faire carrière sans passer ses soirées au bureau. Plus besoin défaire étalage d'horaires tardifs si les résultats sont là. Comment s'y prendre.

Que ceux qui n'ont pas pris la résolution de partir plus tôt du boulot cette année lèvent le doigt ! «La France a le culte du présentéisme, note Jean-Pierre Testa, le responsable de l'offre efficacité professionnelle à la Cegos. Dans notre imaginaire collectif, plus on travaille, plus on est efficace.» D'où ce dilemme pour le cadre résolu à accorder plus de temps à sa famille ou à ses loisirs : partir tôt ou grimper haut. «Le patron réunit sa cour après 19 heures pour refaire le monde, raconte Michel Giffard, directeur pédagogique du coaching du Groupe HEC. Si on n'est pas présent, cela peut limiter la progression, les informations importantes y sont données à ce momentlà.» Malgré tout - l'effet des 35 heures ?-, les choses sont en train de changer. Des patrons vont jusqu'à proclamer, telle la présidente d'Areva Anne Lauvergeon : «Mafamitte ne passera jamais après mon travail.» En fait, la vie appartient à ceux qui partent tôt. Ceux-là ont tout compris. Voici leurs secrets.

1 Assumer face aux autres son choix

Les bonnes habitudes se prennent dès le départ. Michel Giffard conseille déjouer la transparence lors du recrutement, puis avec ses collaborateurs. Le dire sans se justifier. «C'est une question d'affirmation de soi, estime-t-il. Si je me sens coupable, à la première remarque, je vais rentrer dans le rang.» Car ce choix demeure une exception et il peut susciter des questions. «Dans un stage, le directeur d 'une grande pharmacie a expliqué qu'il avait aussi des responsabilités dans un syndicat des pharmaciens tout en s' investissant dans plusieurs associations, et que cela ne l'empêchait pas de voir sa femme et ses enfants, raconte Jean-Pierre Testa. Cela avait interpellé les autres participants : «Comment arrives-tu atout faire ?»» A vos collègues curieux ou à votre patron craignant que vous ne soyez sous-employé, une seule réponse valable : les résultats.

«Nous sommes jugés sur des objectifs et la manière de les atteindre, estime Cédric Dumesges, directeur de projet au ministère de l'Ecologie, qui a choisi de réserver son mercredi après-midi pour ses enfants. Quand arrivent les échéances d'un projet, on ne peut pas mentir : les résultats sont très visibles.» Un conseil : communiquer sur son bilan ! Cela évite d'avoir à justifier ses horaires.

2 Optimiser son planning

Comment, concrètement, s'organiser pour partir tôt ? En démarrant tôt... Et en ne gaspillant aucune des précieuses minutes de sa journée. «Mon train démarre à7h 50; à partir de ce moment-là je commence à travailler», explique Pierre Bertin. Ce cadre supérieur de la division logiciels d'IBM parcourt chaque matin quelque 149 kilomètres de train entre Rouen et la Défense, autant le soir. Malgré cela, impensable pour lui de renoncer à son dîner en famille à 20 heures : «Je traite mes courriels durant le trajet Rouen-Paris et je lis les actus sur mon portable debout dans le train de banlieue entre Saint-Lazare et la Défense.» La chasse au gaspillage de temps est ouverte. Bonjour les courriels concis. Adieu les déjeuners qui s'éternisent... Les pauses-café ? «Je n'ai pas le temps défaire du small talk, mais c'est moins grave en Allemagne, où les gens font plus la coupure entre vie professionnelle et vie personnelle», explique Anouck Arnaud. Cadre de Daimler à Stuttgart, elle doit quitter son travail à 16 h 45 pour aller chercher ses enfants à la crèche. En France, les ultra-organisés doivent faire attention de ne pas supprimer tout temps social. Nous sommes dans un pays latin !

3 Déroger à la règle quand il le faut

Un cadre ne compte pas ses heures. D'ailleurs il n'en a pas. Pour éviter qu'on vous le rappelle, mieux vaut jouer sur la disponibilité. «J'essaie d'organiser les réunions dans la journée, mais il y a des soirs où je rentre à 23 heures passées», note Pierre Bertin. C'est ce que Michel Giffard appelle «pratiquer l'assertivité» : «S'il faut que je sois là jusqu'à 21 heures, je peux être là. Samedi aussi. Mais pas tous les soirs et pas tous les samedis.» Les cadres en RTT peuvent utilement rappeler qu'ils demeurent joignables. «Grâce au téléphone portable ou à la messagerie Internet, si je dois donner une information ou prendre une décision, je peux le faire», ajoute Cédric Dumesges. A l'inverse, ceux qui ont du mal à partir tôt doivent se fixer des règles rigides. «Se piéger» grâce à un cours de sport ou un rendez-vous associatif. L'art de partir tôt est un équilibre instable entre règle et exceptions.

4 En faire un atout pour son équipe

«Il y a souvent eu, des personnes qui voulaient travailler sur mes missions car elles savaient qu'elles n'auraient pas des horaires de dingues, se souvient Julien Di Marco, alors manager à Ernst & Young. Cela me permettait du coup d'attirer les meilleurs.» Les collaborateurs ne s'y trompent pas : mieux vaut être encadré par un responsable qui prend ses RTT plutôt que par un malade du travail. «Les gens savent que je serai compréhensive s'ils doivent partir plus tôt», assure Anouck Arnaud. Autre avantage pour l'équipe, le chef, s'il ne veut pas perdre de temps, sait déléguer. «Chacun doit être efficace à sonposte, estime Nicolas Nonon, ancien président de société, et qui a toujours mis un point d'honneur à rentrer chez lui pour le dîner. Si vous ne faites pas confiance, vous devez travailler beaucoup plus pour tout vérifier.» Déléguer implique de perdre du temps pour former vos collaborateurs. Avant de gagner des heures de liberté... et une relation de confiance avec son équipe.

5 Choisir un métier compatible

Vous êtes avocat, banquier d'affaires, consultant : il y a peu de chances pour que vous partiez à 16 heures muscler vos abdos. Il y a souvent des dossiers lourds à boucler, en urgence. «J'ai privilégié des projets de long terme, explique Julien Di Marco, passé dans un fonds d'investissement, royaume de l'efficacité. Sur des projets courts, impossible d'anticiper.» L'activité est faite de pics et de creux : le savoir-faire du cadre qui part tôt est de savoir lisser ces aspérités. Une habitude mieux comprise dans les , métiers créatifs ou liés au high-tech. Alors posez-vous la question si vous ne partez pas tôt : en avez-vous vraiment envie ?

Mis en ligne le 16 Mars 2009

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