IDays deviendra-t-il un Monster?

Lancé par ReKrute en 2011, IDays est le seul salon de recrutement virtuel existant au Maroc. Si la pratique est répandue en Europe et ailleurs, il n’en reste pas moins qu’au Maroc elle suscite encore quelques réticences. Eclairage.

Les candidats patientent sagement avant de passer leur entretien. A priori rien ne distingue ce salon de recrutement d’un autre. La di@256;érence, c’est que ces rencontres se déroulent dans un univers virtuel où candidats et recruteurs sont parfois à des milliers de kilomètres. Pour créer l’événement IDays au Maroc, ReKrute, site de recrutement en ligne, a fait con@257;ance à Monster, leader mondial de la catégorie, auprès duquel la plateforme a été soustraitée. Pour autant, c’est loin d’être un copier-coller, car il a fallu adapter le concept à la demande des recruteurs marocains plus exigeants.

Au lieu de leur servir une plateforme basique qu’ils auraient pu alimenter, ReKrute leur a maquillé leur stand selon les chartes de chaque entreprise. Les IDays n’auront duré que trois jours, du 1 au 3 novembre. «Pari réussi, dépassant même nos espérances. Beaucoup de grands groupes étaient présents», se réjouit Alexandra Montant, directrice générale-adjointe de ReKrute, à l’instar de l’OCP, Renault, Lafarge, la BMCE Bank… Dans leurs prévisions, pour cette première édition, le site devait perdre de l’argent. Surprise agréable, ils ont réussi à amortir leurs dépenses et rentrer dans leurs frais. La deuxième édition se tiendra à la même date cette année.

Un défi d’innovation Le projet en lui-même a mobilisé une quarantaine de personnes. Le 1er Novembre 2011, l’entrée en matière s’est faite dans une salle louée pour tous les DRH, avec des informaticiens mis à disposition pour les assister. La plateforme a ainsi permis un gain de temps énorme, les tchats en direct sont déjà une étape de recrutement, tant pour les candidats que pour les recruteurs. Pour Mostapha El Obbade, directeur général de Dell, l’intérêt est évident: «9.835 tchats, notamment des échanges avec des candidats potentiels, et plus de 2.000 CV reçus !».

Alexandra Montant explique que l’idée a été longuement suivie via le site Monster et la décision a mûri pendant quelques années «Il fallait attendre que le marché s’y apprête, qu’il accueille ce concept sans réticence». Mikael Naciri, directeur des ressources humaines de BMCE Bank à l’époque de la première édition, aujourd’hui directeur général du Centre monétique interbancaire (CMI), abonde dans ce sens: «C’est une opération gagnante; ReKrute a toujours apporté des idées pionnières. IDays est une solution au recrutement qui pourrait être un véritable tournant».

Le concept séduit. Il s’inscrit dans la continuité des méthodes de recrutement via le Web et vient en complément aux salons traditionnels. Souhail Houmaini, responsable recrutement de Renault, parle de créativité virtuelle qui fait oublier les salons et les forums basics. Avant d’ajouter que «le but pour Renault est d’approcher des pro@257;ls du middle-management aussi pointus que le demande notre secteur. Nous voulons aussi diversi@257;er notre pôle RH : plus de jeunes et plus de femmes». Le canal électronique est alors exploité au maximum. «D’ailleurs, trois jours étaient largement su@259;sants pour répondre aux besoins des recruteurs», a@259;rme Montant. «Monster, leader mondial du recrutement en ligne, a obtenu, sur une semaine complète, 100.000 visiteurs et IDays, la plateforme marocaine, en a obtenu autant en trois jours», poursuit-elle. Les tests de personnalité complètent l’o@256;re. Les DRH et patrons de société s’accordent tous à dire qu’au-delà du matelas de CV recueillis, la visibilité et l’impact médiatique sont peut-être plus importants.

Chiffres et retombées :
1 million de dirhams, voilà ce qu’a coûté à ReKrute de créer et promouvoir un tel événement. «C’est une solution américaine que nous avons achetée; il a fallu la traduire, communiquer dessus, puis former les clients». Et les clients ne se font pas attendre : 21 stands sur les 25 ont été vendus en l’espace des 15 premiers jours. «Nous avons eu un retour très positif suite à notre participation en tant que sponsor Gold à la première édition: 11.165 visites sur notre stand, 41.786 pages relatives à Dell ont été visitées», détaille El Obbade.

Mais pour quel prix? «Le stand Or que nous avons réservé nous a coûté 80.000 dirhams», confie Mikael Naciri. Pour le stand de Renault, l’investissement a été de 50.000 dirhams, selon les dires du DRH. Il rétorque qu’il serait dommageable de ne pas faire partie de cet événement. D’autant plus qu’avec la période de crise en Europe et la vague d’immigration qui en découle, IDays a fait état de 20% de candidatures hors du Royaume, soit plus de 30.000 personnes. la plateforme a généré un @258;ux énorme, peut-être un peu plus qu’il n’en fallait. C’est le principal écueil que relèvent les recruteurs, mais aussi l’équipe d’IDays. Un e@256;et de masse qui a été di@259;cilement maîtrisable, comme le con@257;rme ce témoignage de Houmaini: «Le taux de transformation des CV, même avec une équipe qui s’est relayée pendant 72 heures et après l’événement, s’est avéré très dur. Car il a fallu @257;ltrer tous les CV et le travail de l’entonnoir à mon avis devrait se faire en amont». Pour Naciri, c’est plutôt le tchat qui a été éprouvant.

«La prochaine édition comprendra des conférences virtuelles, des dé@257;lés PowerPoint de chaque société. Nous créerons en plus des catégories Platinium et Diamonds suite à la demande des clients», explique Charlotte Lefort, directrice des opérations.


Avis d’expert : Jamal Amrani, DG cabinet conseil Jadh
Les forums physiques ont certaines contraintes dues justement au réel, des limites qui sont, au contraire, des forces avec l’interactif et le virtuel: l’éloignement géographique pour des candidats et la confidentialité. Avec le virtuel, ces deux grandes limites n’existent plus car n’importe qui, de n’importe où, peut se rendre sur un salon interactif sur Internet et postuler en toute confidentialité. C’est une force réelle et indéniable des salons interactifs.

Concernant la viabilité des salons interactifs de l’emploi, ReKrute a réussi dès la 1ère édition à réunir 21 grandes entreprises. Donc, il n’y a pas de raison pour que cela ne devienne pas un nouvel outil pour les DRH qui souhaitent recruter, mais aussi tout simplement travailler leur image d’employeur. Monster, qui est le leader mondial du recrutement en ligne, utilise cette solution depuis plus de 5 ans et les retours sont si positifs qu’il a développé cela dans tous les pays où il est présent. Le seul risque serait que les solutions techniques ne tiennent pas la route. Le virtuel est en ef et un métier, et si l’on veut en tirer tous les bénéfices, il faut travailler avec des spécialistes. Quant à l’avenir au Maroc en temps de crise, c’est discutable. Ce qui est clair, par contre, c’est que 100.000 visiteurs sur trois jours, c’est le signe que les personnes à la recherche de nouvelles opportunités de carrière ont adopté cet outil et continueront à l’utiliser, crise ou pas crise.

Publié le 1er Juillet 2012.

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