La peur, c'est un destin
8 Octobre 2008
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La fin de l’année arrive, idéale pour les entretiens de fin d’année. On les appelle « entretiens de progrès ». La langue de bois managériale a fleuri pour parer de vertus coachiques et motivationnelles ce qui n’était à l’origine qu’une vile discussion de marchands de tapis, et en compliquer l’exercice de façon à en faire un segment juteux pour les cabinets de conseil en « éraches ».
Pour plus d’un manager de premier niveau, ils sont l’occasion de se confronter au périmètre réel de leur pouvoir. « Tu es grand, tu manages ton équipe. Tu as une enveloppe de 2 % en tout et pour tout le monde. » Décodage : tu n’as pas les leviers dont tu aurais besoin pour manager réellement. Tout ce que tu peux faire, c’est manager à l’affectif, par la motivation, et être le chef super sympa qu’on a envie de suivre. Débrouille-toi avec ça.
Moments de vérité
Mais cela ne dure jamais plus de 2 ans, le coup du chef super sympa, la 3e année, vos collaborateurs vous présentent l’addition et vous vous rendez compte que finalement, ils ne vous aiment pas tant que ça. Pour celui qui passe à la moulinette, l’entretien annuel est l’occasion de se remettre les yeux en face des trous une fois par an sur la vraie nature des rapports humains dans l’entreprise.
D’après une étude réalisée par le CERQ1, 26 % des salariés estiment que leur emploi est menacé. Ce que les commentateurs interprètent comme un signe d’inquiétude. Moi, ce que je trouve inquiétant, c’est plutôt que les deux tiers des gens s’imaginent que leur emploi n’est pas menacé.
Ne dites jamais de mal de personne, limitez-vous à de vagues banalités : « D’accord, Harry vient de Detroit pour nous downsizer et nous mettre en vente, mais c’est tout de même quelqu’un qui nous aide à nous adapter aux nouvelles contraintes du marché mondial !»
Tous les emplois sont menacés, parce que notre société est en train de détruire le concept d’emploi salarié et de détricoter ce qu’elle avait mis deux siècles à tricoter depuis les maîtres de forges (le fil sur lequel on tire pour tout défaire est celui de la « compétitivité ».
Quel rôle reste-t-il donc au « management » dans cette affaire ? « Les membres des organisations passent un temps considérable à négocier entre eux une version acceptable de ce qui est en train de se passer », écrit Weick, dont l’œuvre constructionniste développe l’idée que l’organisation n’existe pas, sauf à travers les récits que s’en font ses membres.
Comme dans « Rapport confidentiel » 2, le roman de Florence Lautrédou, déjà culte chez les cadres, tant il montre avec acuité la vraie vie des chasseurs de têtes. D’ailleurs, le titre de cette chronique lui est emprunté.
Pierre Blanc-sahnoun
Mis en ligne le mercredi 8 octobre 2008
newzy.fr
Pour plus d’un manager de premier niveau, ils sont l’occasion de se confronter au périmètre réel de leur pouvoir. « Tu es grand, tu manages ton équipe. Tu as une enveloppe de 2 % en tout et pour tout le monde. » Décodage : tu n’as pas les leviers dont tu aurais besoin pour manager réellement. Tout ce que tu peux faire, c’est manager à l’affectif, par la motivation, et être le chef super sympa qu’on a envie de suivre. Débrouille-toi avec ça.
Moments de vérité
Mais cela ne dure jamais plus de 2 ans, le coup du chef super sympa, la 3e année, vos collaborateurs vous présentent l’addition et vous vous rendez compte que finalement, ils ne vous aiment pas tant que ça. Pour celui qui passe à la moulinette, l’entretien annuel est l’occasion de se remettre les yeux en face des trous une fois par an sur la vraie nature des rapports humains dans l’entreprise.
D’après une étude réalisée par le CERQ1, 26 % des salariés estiment que leur emploi est menacé. Ce que les commentateurs interprètent comme un signe d’inquiétude. Moi, ce que je trouve inquiétant, c’est plutôt que les deux tiers des gens s’imaginent que leur emploi n’est pas menacé.
Ne dites jamais de mal de personne, limitez-vous à de vagues banalités : « D’accord, Harry vient de Detroit pour nous downsizer et nous mettre en vente, mais c’est tout de même quelqu’un qui nous aide à nous adapter aux nouvelles contraintes du marché mondial !»
Tous les emplois sont menacés, parce que notre société est en train de détruire le concept d’emploi salarié et de détricoter ce qu’elle avait mis deux siècles à tricoter depuis les maîtres de forges (le fil sur lequel on tire pour tout défaire est celui de la « compétitivité ».
Quel rôle reste-t-il donc au « management » dans cette affaire ? « Les membres des organisations passent un temps considérable à négocier entre eux une version acceptable de ce qui est en train de se passer », écrit Weick, dont l’œuvre constructionniste développe l’idée que l’organisation n’existe pas, sauf à travers les récits que s’en font ses membres.
Comme dans « Rapport confidentiel » 2, le roman de Florence Lautrédou, déjà culte chez les cadres, tant il montre avec acuité la vraie vie des chasseurs de têtes. D’ailleurs, le titre de cette chronique lui est emprunté.
Pierre Blanc-sahnoun
Mis en ligne le mercredi 8 octobre 2008
newzy.fr
