Le standard bac+5 s’impose sur le marché
13 Novembre 2007
Lu par 3344 personne(s)

MBA, master ou master spécialisé, ou encore master en double diplômation. Autant de formations qui créent un embarras du choix auprès des jeunes qui veulent ajouter un plus à leur formation de base. Les annonces de recrutement mentionnent explicitement des diplômés de bac+5, sachant que les universités marocaines n’ont pas encore sorti la première génération des masters de la réforme. De facto, cette exigence disqualifie une bonne partie de candidats, sauf ceux qui avaient décroché les titres bac+5, les ex-DESS et DEA avant l’application de la réforme.
Pour l’instant, ce sont essentiellement des écoles privées qui organisent des cursus sanctionnés par le diplôme de master même si, officiellement, elles ne peuvent pas se prévaloir de ce titre, en attendant que soit déployé le mécanisme de reconnaissance académique des diplômes privés. Quelques grandes écoles publiques ainsi que des universités ont également devancé le rythme d’implémentation du schéma LMD en lançant, en partenariat avec leurs homologues étrangères ou en s’associant avec un secteur précis (assurance, banque, grande distribution), des formations souvent payantes, sanctionnées par des masters.
«Le niveau bac plus 5 devient quasiment la norme sans que les employeurs ni les recruteurs ne sachent pourquoi. Cela accentue la pression aussi bien sur les étudiants que sur les salariés qui n’ont pas le temps pour suivre des études de ce genre», souligne Nathalie Geschwind, consultante à Rekrute.com. «Il faut bien reconnaître que les recruteurs sont perdus par rapport au diplôme; peu d’entre eux connaissent vraiment le système LMD», révèle la consultante.
C’est une exigence minimale que l’on retrouve dans les annonces de recrutement des cadres. Selon qu’il s’oriente vers la professionnalisation ou pas, les conditions d’accès à un programme de master changent. Pour les programmes à orientation «académique», le candidat doit être titulaire au moins d’une licence ou d’un titre équivalent et franchir la barrière de sélection. Pour la deuxième catégorie, à contenu plus professionnalisant, il est exigé une expérience d’au moins deux ans. «Un master professionnel tient compte du taux d’embauche, c’est ce qui explique que les titulaires de ce diplôme soient très sollicités», affirme Mohamed Touzani Ouazzani, doyen de la faculté des sciences de l’Université Hassan II Aïn Chock. «La spécialisation est requise, mais le diplôme ne constitue pas le seul critère de sélection; encore faut-il que le candidat dispose d’un savoir-faire», signale Geschwind.
Les exigences du marché de travail devenant de plus en plus pressantes, certains étudiants optent pour la double diplômation. «Ceci n’a pas de sens parce que le Maroc ne dispose pas d’agence d’évaluation dans ce sens», estime le doyen.
«On se méfie de la double diplômation dans la mesure ou l’apport pédagogique reste flou pour nous. Or, il faut bien signaler que certains diplômes commencent à se faire connaître», estime, à son tour, Geschwind. «Cette double diplômation ne peut être un plus que si elle est cohérente», ajoute la consultante.
2. Master et mastère
Il faut distinguer entre master et mastère. Le premier est délivré par des universités et écoles publiques dans les programmes conjoints initiés avec des institutions étrangères. Les écoles privées accréditées qui s’appuient sur des universités ou écoles françaises par le biais de partenariat ou de délocalisation délivrent aussi ce diplôme.
Le mastère est délivré par des écoles qui ne sont pas accréditées. «Celles qui le dispensent recourent à la publicité mensongère», accuse Gilles Lescat, directeur général du groupe RESO Education.
Publié le 13 Novembre 2007
L’Economiste du 5 novembre 2007
