Les syndicats en perte de crédibilité
8 Mai 2007
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• Ils défileront en ordre dispersé
• Un texte sur le droit de grève en gestation
Désordre et perte de crédibilité. C’est en gros ce qui se dégage du bilan instantané du paysage syndical aujourd’hui. Celui-ci compte pas moins d’une vingtaine d’organisations. Une prolifération qui en dit long sur la capacité de ces syndicats à défendre avec sérieux les intérêts des travailleurs.
L’atomisation, le vieillissement des directions, l’absence d’une politique continue de proximité ont sérieusement affaibli le mouvement syndical. C’est le constat établi par de nombreux observateurs.
Ajoutée à cela, la trop grande dépendance de partis politiques a réduit de la pertinence de l’action syndicale.
Tout le monde, syndicats compris, s’accorde à dire que le politique pèse lourdement sur le syndical.
Du coup, «le militantisme ouvrier» en a pris un sérieux coup tout autant au niveau de l’organisation que de celui de la pertinence des actions syndicales. Une situation que certains imputent à la mainmise des partis sur le mouvement syndical qui a été «trop politisé» et dont l’effet premier reste le faible taux de syndicalisation. Une autre raison est évoquée: la crédibilité des syndicats a été très affectée par les luttes intestines et aussi par «la soif inassouvie de pouvoir» de bon nombre de responsables syndicaux. Ces derniers ne sont pas toujours présents lorsque les militants ont besoin d’eux. D’où un manque flagrant de confiance envers les leaders et les délégués syndicaux.
Des doutes sont ainsi émis dès qu’il s’agit pour les salariés d’apprécier l’utilité de l’action syndicale. C’est ce qui amène inéluctablement à s’interroger sur la compétence des responsables syndicaux. «Dépassés par les événements et ne cherchant qu’à se faire une place au soleil au crépuscule de leur carrière syndicale». Ce diagnostic émane d’un jeune syndicaliste, licencié en physique et militant au sein du syndicat des dockers.
Afin d’améliorer la crédibilité des syndicats, beaucoup ont évoqué la nécessité d’un changement radical dans les directions principalement au niveau des secrétaires généraux. «Les leaders des organisations syndicales doivent en effet être capables d’inspirer confiance aux gens: on adhère parfois pour le charisme d’une personne», dira un autre responsable, avant d’ajouter que les syndicats doivent être proches des gens et s’intéresser à leurs problèmes. Comment se présente donc ce 1er Mai? Sous de bons auspices, affirme le ministre de l’Emploi et de la Formation professionelle, Mustapha Mansouri.
Dans une déclaration à L’Economiste, le ministre estime que le dialogue social engagé depuis quelque temps a permis d’instaurer une nouvelle culture qui est à même de renforcer le rôle des syndicats et surtout de poursuivre les négociations dans un climat de sérénité durable. Il a aussi souhaité une consolidation (regroupement) du champ syndical de manière à ce que le nombre d’interlocuteurs soit réduit. Il faut, dira-t-il, que l’on ait des gens responsables, capables de mener un dialogue responsable loin de toute velléité politique ou partisane.
• L’énigme de la représentativité
Du côté des syndicats, on affirme volontiers vouloir une modernisation, une mise à niveau des directions et aussi des pratiques syndicales. Le fait qu’ils vont défiler ce 1er mai séparément ne réduit pas de la portée de leur action, dira un responsable syndical. Les droits des travailleurs sont les mêmes quel que soit le syndicat qui les défend, souligne-t-il. Certes, mais il y a aussi la manière de le faire, rectifie, pour sa part, le ministre de l’Emploi. Justement, le gouvernement planche actuellement sur l’élaboration d’un cadre légal devant réglementer de manière définitive le droit de grève, annonce le ministre. Ceci en concertation avec l’ensemble des partenaires sociaux. Ainsi, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et les principaux syndicats ont été associés à la mise en place du texte.
En attendant, les syndicats n’arrivent toujours pas à moderniser leurs structures. Celles-ci continueront à évoluer de manière anarchique. Aucun syndicat ne peut aujourd’hui prétendre à une large représentativité. Pas plus qu’il ne peut affirmer avec exactitude le nombre de ses adhérents, un des secrets le mieux gardé au Maroc.
Un observateur du champ syndical ira même jusqu’à souligner que le soutien de l’Etat aux syndicats ne fera qu’attiser davantage les convoitises de certains dirigeants. On se déplace dès lors du militantisme syndical vers la recherche d’un pouvoir fondé sur les avantages matériels. Sans oublier l’arrivée de nouveaux venus. Des syndicats qui se créent à longueur d’année et qui investissent le champ politique aussi. A croire qu’il y a pénurie de partis politiques.
Publié le 30/04/2007
Leconomiste.com
• Un texte sur le droit de grève en gestation
Désordre et perte de crédibilité. C’est en gros ce qui se dégage du bilan instantané du paysage syndical aujourd’hui. Celui-ci compte pas moins d’une vingtaine d’organisations. Une prolifération qui en dit long sur la capacité de ces syndicats à défendre avec sérieux les intérêts des travailleurs.
L’atomisation, le vieillissement des directions, l’absence d’une politique continue de proximité ont sérieusement affaibli le mouvement syndical. C’est le constat établi par de nombreux observateurs.
Ajoutée à cela, la trop grande dépendance de partis politiques a réduit de la pertinence de l’action syndicale.
Tout le monde, syndicats compris, s’accorde à dire que le politique pèse lourdement sur le syndical.
Du coup, «le militantisme ouvrier» en a pris un sérieux coup tout autant au niveau de l’organisation que de celui de la pertinence des actions syndicales. Une situation que certains imputent à la mainmise des partis sur le mouvement syndical qui a été «trop politisé» et dont l’effet premier reste le faible taux de syndicalisation. Une autre raison est évoquée: la crédibilité des syndicats a été très affectée par les luttes intestines et aussi par «la soif inassouvie de pouvoir» de bon nombre de responsables syndicaux. Ces derniers ne sont pas toujours présents lorsque les militants ont besoin d’eux. D’où un manque flagrant de confiance envers les leaders et les délégués syndicaux.
Des doutes sont ainsi émis dès qu’il s’agit pour les salariés d’apprécier l’utilité de l’action syndicale. C’est ce qui amène inéluctablement à s’interroger sur la compétence des responsables syndicaux. «Dépassés par les événements et ne cherchant qu’à se faire une place au soleil au crépuscule de leur carrière syndicale». Ce diagnostic émane d’un jeune syndicaliste, licencié en physique et militant au sein du syndicat des dockers.
Afin d’améliorer la crédibilité des syndicats, beaucoup ont évoqué la nécessité d’un changement radical dans les directions principalement au niveau des secrétaires généraux. «Les leaders des organisations syndicales doivent en effet être capables d’inspirer confiance aux gens: on adhère parfois pour le charisme d’une personne», dira un autre responsable, avant d’ajouter que les syndicats doivent être proches des gens et s’intéresser à leurs problèmes. Comment se présente donc ce 1er Mai? Sous de bons auspices, affirme le ministre de l’Emploi et de la Formation professionelle, Mustapha Mansouri.
Dans une déclaration à L’Economiste, le ministre estime que le dialogue social engagé depuis quelque temps a permis d’instaurer une nouvelle culture qui est à même de renforcer le rôle des syndicats et surtout de poursuivre les négociations dans un climat de sérénité durable. Il a aussi souhaité une consolidation (regroupement) du champ syndical de manière à ce que le nombre d’interlocuteurs soit réduit. Il faut, dira-t-il, que l’on ait des gens responsables, capables de mener un dialogue responsable loin de toute velléité politique ou partisane.
• L’énigme de la représentativité
Du côté des syndicats, on affirme volontiers vouloir une modernisation, une mise à niveau des directions et aussi des pratiques syndicales. Le fait qu’ils vont défiler ce 1er mai séparément ne réduit pas de la portée de leur action, dira un responsable syndical. Les droits des travailleurs sont les mêmes quel que soit le syndicat qui les défend, souligne-t-il. Certes, mais il y a aussi la manière de le faire, rectifie, pour sa part, le ministre de l’Emploi. Justement, le gouvernement planche actuellement sur l’élaboration d’un cadre légal devant réglementer de manière définitive le droit de grève, annonce le ministre. Ceci en concertation avec l’ensemble des partenaires sociaux. Ainsi, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et les principaux syndicats ont été associés à la mise en place du texte.
En attendant, les syndicats n’arrivent toujours pas à moderniser leurs structures. Celles-ci continueront à évoluer de manière anarchique. Aucun syndicat ne peut aujourd’hui prétendre à une large représentativité. Pas plus qu’il ne peut affirmer avec exactitude le nombre de ses adhérents, un des secrets le mieux gardé au Maroc.
Un observateur du champ syndical ira même jusqu’à souligner que le soutien de l’Etat aux syndicats ne fera qu’attiser davantage les convoitises de certains dirigeants. On se déplace dès lors du militantisme syndical vers la recherche d’un pouvoir fondé sur les avantages matériels. Sans oublier l’arrivée de nouveaux venus. Des syndicats qui se créent à longueur d’année et qui investissent le champ politique aussi. A croire qu’il y a pénurie de partis politiques.
Publié le 30/04/2007
Leconomiste.com
