Pression, le nouvel axe managérial
22 Septembre 2008
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Ouf, la note attribuée par les cadres à leur niveau de stress se stabilise. Pour autant, pas de quoi se réjouir. Le stress s’installe lentement mais sûrement comme un facteur structurant de la vie professionnelle. Inquiétant.
Le stress se porte bien, merci pour lui. Vague après vague, le Baromètre Stress de la CFE-CGC le confirme. Menée entre février et mars 2008 auprès d’une population représentative de cadres, cette 10e édition révèle une intensification du malaise ressenti par les salariés, avec une note globale de stress qui atteint 6,3/10, niveau le plus élevé depuis 2004. Certes, d’une année sur l’autre, les vagues de février-mars traduisent toujours une baisse de moral. Néanmoins, commente Mathieu Doiret, chargé d’études chez OpinionWay, la poussée enregistrée cette année est « assez significative ». Pas tant sur cette note globale, dont les variations d’une vague d’enquête à l’autre ne dépassent guère le dixième de point (deux dixièmes entre septembre 2003 et mars 2004).
En revanche, explique-t-on chez OpinionWay, on remarque une généralisation d’indicateurs négatifs dans la quasi totalité des catégories de critères : facteurs de stress, symptômes physiques, symptômes psychiques, comportements induits, symptômes secondaires…
L’absence de reconnaissance nourrit le blues
Premier responsable de cette tension : la surcharge de travail. Elle est ressentie par 78% des personnes (+3%) et se double d’une compression du temps disponible : un tiers des cadres disent avoir assez de temps pour mener leurs tâches à bien. Pour comparaison, en mars 2004, la moitié estimait bénéficier du temps nécessaire. Quatre ans plus tard, 82% des cadres ont le sentiment de devoir travailler plus vite. « Le facteur temps apparaît comme l’un des vecteurs majeurs de stress, sans doute parce qu’il relève largement d’une évolution générale de la vie économique et sociale auant que d’un contexte hiérarchique donné », souligne Mathieu Doiret.
Autre élément d’amplification du stress : un manque de reconnaissance, exprimé par 70% de l’échantillon. Ils sont 4% de plus qu’en septembre 2007 à juger que leurs efforts ne sont pas récompensés à leur juste valeur. À ces facteurs générateurs de stress, vient s’ajouter une légère dégradation (- 2%) de l’ambiance de travail. La pression peut se ressentir de manière particulièrement violente : 21% des cadres (contre 19% lors de la vague précédente) disent être confrontés souvent ou de temps en temps à du harcèlement moral.
Au-delà, le baromètre montre des indicateurs prédictifs orientés dans leur ensemble à la hausse. Les cadres ont davantage le sentiment d’être confrontés à des clients agressifs (+7%), d’être mis en concurrence avec leurs propres collègues (+ 4%) ou d’être exposés à des risques de pertes financières (+4%).
À noter également l’augmentation de symptômes physiques pouvant être la conséquence du stress : mal au dos (+6%), troubles visuels ou cutanés (+5%), maux de tête (+4%), palpitations (+4%). L’enquête traduit en outre une propension accrue chez les cadres à un certain découragement (+4%). Mais s’agissant des comportements addictifs, qui caractérisent très fréquemment une situation de tension excessive chez l’individu, ils sont tous ou presque en augmentation.
Ainsi, 21% des cadres déclarent fumer à cause du travail (+1%), 14% reconnaissent consommer des médicaments de type antidépresseurs ou anxiolytiques (+4%), 11% avouent une consommation d’alcool imputable au travail (+2%).
Quelques éclaircies se dessinent dans ce sombre tableau
L’étude note cependant quelques signes d’améliorations. Le premier concerne le niveau d’adhésion à la stratégie de l’entreprise, qui augmente de 2%, jugé favorable par 61% des cadres. Un autre vise les perspectives d’évolution de carrière. Ils étaient 50% à les estimer mauvaises ou très mauvaises en septembre 2007, ils ne sont plus que 48% en mars 2008.
Les cadres semblent plutôt se satisfaire de l’«empowerment» tant vanté dans les multinationales. Souvent présentée par les observateurs comme un facteur à double effet, cette autonomie est susceptible de minorer l’exposition au stress lorsqu’il s’agit d’une autonomie organisée. À l’inverse, elle accentue les vecteurs de tension lorsqu’elle traduit un relâchement du management et prive le cadre de repères quant à la définition du poste et des responsabilités.
Or, on constate que les cadres bénéficient très majoritairement (88%) de la marge de liberté nécessaire pour organiser leur travail. Un élément de satisfaction qui change peu avec les années: 82% en 2003, 88% en 2005 pour les extrêmes.
43 % déplorent des objectifs pas réalistes !
Ce qui n’empêche pas 36% des personnes interrogées de regretter une mauvaise définition de leurs responsabilités et 43% d’entre elles de juger « plutôt pas du tout réalistes » les objectifs qui leur sont fixés par leur direction. Autre constat plutôt alarmant : près d’un tiers des personnes interrogées déplorent d’avoir à effectuer des tâches qui ne correspondent pas à leur éthique…
D’évidence, les facteurs et les symptômes de stress s’installent dans les organisations. Sans émouvoir plus que cela les directions, du moins d’après le regard porté sur les actions mises en œuvre pour infléchir la tendance. Les cadres ne sont que 16% à considérer que le stress est pris en compte dans leur entreprise.
Pourtant, les pistes d’amélioration ne manquent pas. Quelles sont donc les préconisations majoritairement formulées par l’échantillon de cadres d’OpinionWay ?
Un tiers des personnes interrogées évoque une meilleure répartition de la charge de travail. Une solution plus massivement citée dans les entreprises de 500 salariés et au-delà. 17% des cadres pensent qu’il serait préférable d’améliorer l’ambiance de travail et 15% qu’il faut encourager le dialogue avec les managers.
Seulement voilà, côté managers, l’écho se fait toujours attendre. 40% des participants à ce baromètre du stress pensent que, pour leur entreprise, « un bon cadre est un cadre stressé ». Et près d’un sur deux parle de son manager comme d’un vecteur de stress. Pas de quoi être rassuré donc.
Pour Mathieu Doiret, la récurrence et la confirmation des indicateurs traduisent un phénomène qui dépasse les dysfonctionnements hiérarchiques et contextuels pour révéler une nouvelle donne managériale. « Le stress devient l’une des dimensions structurantes de la vie professionnelle, affirme-t-il. C’est une nouvelle manière de prendre les salariés en considération. » On en souhaiterait d’autres.
Mis en ligne le 22 septembre 2008
newzy.fr
Le stress se porte bien, merci pour lui. Vague après vague, le Baromètre Stress de la CFE-CGC le confirme. Menée entre février et mars 2008 auprès d’une population représentative de cadres, cette 10e édition révèle une intensification du malaise ressenti par les salariés, avec une note globale de stress qui atteint 6,3/10, niveau le plus élevé depuis 2004. Certes, d’une année sur l’autre, les vagues de février-mars traduisent toujours une baisse de moral. Néanmoins, commente Mathieu Doiret, chargé d’études chez OpinionWay, la poussée enregistrée cette année est « assez significative ». Pas tant sur cette note globale, dont les variations d’une vague d’enquête à l’autre ne dépassent guère le dixième de point (deux dixièmes entre septembre 2003 et mars 2004).
En revanche, explique-t-on chez OpinionWay, on remarque une généralisation d’indicateurs négatifs dans la quasi totalité des catégories de critères : facteurs de stress, symptômes physiques, symptômes psychiques, comportements induits, symptômes secondaires…
L’absence de reconnaissance nourrit le blues
Premier responsable de cette tension : la surcharge de travail. Elle est ressentie par 78% des personnes (+3%) et se double d’une compression du temps disponible : un tiers des cadres disent avoir assez de temps pour mener leurs tâches à bien. Pour comparaison, en mars 2004, la moitié estimait bénéficier du temps nécessaire. Quatre ans plus tard, 82% des cadres ont le sentiment de devoir travailler plus vite. « Le facteur temps apparaît comme l’un des vecteurs majeurs de stress, sans doute parce qu’il relève largement d’une évolution générale de la vie économique et sociale auant que d’un contexte hiérarchique donné », souligne Mathieu Doiret.
Autre élément d’amplification du stress : un manque de reconnaissance, exprimé par 70% de l’échantillon. Ils sont 4% de plus qu’en septembre 2007 à juger que leurs efforts ne sont pas récompensés à leur juste valeur. À ces facteurs générateurs de stress, vient s’ajouter une légère dégradation (- 2%) de l’ambiance de travail. La pression peut se ressentir de manière particulièrement violente : 21% des cadres (contre 19% lors de la vague précédente) disent être confrontés souvent ou de temps en temps à du harcèlement moral.
Au-delà, le baromètre montre des indicateurs prédictifs orientés dans leur ensemble à la hausse. Les cadres ont davantage le sentiment d’être confrontés à des clients agressifs (+7%), d’être mis en concurrence avec leurs propres collègues (+ 4%) ou d’être exposés à des risques de pertes financières (+4%).
À noter également l’augmentation de symptômes physiques pouvant être la conséquence du stress : mal au dos (+6%), troubles visuels ou cutanés (+5%), maux de tête (+4%), palpitations (+4%). L’enquête traduit en outre une propension accrue chez les cadres à un certain découragement (+4%). Mais s’agissant des comportements addictifs, qui caractérisent très fréquemment une situation de tension excessive chez l’individu, ils sont tous ou presque en augmentation.
Ainsi, 21% des cadres déclarent fumer à cause du travail (+1%), 14% reconnaissent consommer des médicaments de type antidépresseurs ou anxiolytiques (+4%), 11% avouent une consommation d’alcool imputable au travail (+2%).
Quelques éclaircies se dessinent dans ce sombre tableau
L’étude note cependant quelques signes d’améliorations. Le premier concerne le niveau d’adhésion à la stratégie de l’entreprise, qui augmente de 2%, jugé favorable par 61% des cadres. Un autre vise les perspectives d’évolution de carrière. Ils étaient 50% à les estimer mauvaises ou très mauvaises en septembre 2007, ils ne sont plus que 48% en mars 2008.
Les cadres semblent plutôt se satisfaire de l’«empowerment» tant vanté dans les multinationales. Souvent présentée par les observateurs comme un facteur à double effet, cette autonomie est susceptible de minorer l’exposition au stress lorsqu’il s’agit d’une autonomie organisée. À l’inverse, elle accentue les vecteurs de tension lorsqu’elle traduit un relâchement du management et prive le cadre de repères quant à la définition du poste et des responsabilités.
Or, on constate que les cadres bénéficient très majoritairement (88%) de la marge de liberté nécessaire pour organiser leur travail. Un élément de satisfaction qui change peu avec les années: 82% en 2003, 88% en 2005 pour les extrêmes.
43 % déplorent des objectifs pas réalistes !
Ce qui n’empêche pas 36% des personnes interrogées de regretter une mauvaise définition de leurs responsabilités et 43% d’entre elles de juger « plutôt pas du tout réalistes » les objectifs qui leur sont fixés par leur direction. Autre constat plutôt alarmant : près d’un tiers des personnes interrogées déplorent d’avoir à effectuer des tâches qui ne correspondent pas à leur éthique…
D’évidence, les facteurs et les symptômes de stress s’installent dans les organisations. Sans émouvoir plus que cela les directions, du moins d’après le regard porté sur les actions mises en œuvre pour infléchir la tendance. Les cadres ne sont que 16% à considérer que le stress est pris en compte dans leur entreprise.
Pourtant, les pistes d’amélioration ne manquent pas. Quelles sont donc les préconisations majoritairement formulées par l’échantillon de cadres d’OpinionWay ?
Un tiers des personnes interrogées évoque une meilleure répartition de la charge de travail. Une solution plus massivement citée dans les entreprises de 500 salariés et au-delà. 17% des cadres pensent qu’il serait préférable d’améliorer l’ambiance de travail et 15% qu’il faut encourager le dialogue avec les managers.
Seulement voilà, côté managers, l’écho se fait toujours attendre. 40% des participants à ce baromètre du stress pensent que, pour leur entreprise, « un bon cadre est un cadre stressé ». Et près d’un sur deux parle de son manager comme d’un vecteur de stress. Pas de quoi être rassuré donc.
Pour Mathieu Doiret, la récurrence et la confirmation des indicateurs traduisent un phénomène qui dépasse les dysfonctionnements hiérarchiques et contextuels pour révéler une nouvelle donne managériale. « Le stress devient l’une des dimensions structurantes de la vie professionnelle, affirme-t-il. C’est une nouvelle manière de prendre les salariés en considération. » On en souhaiterait d’autres.
Mis en ligne le 22 septembre 2008
newzy.fr
