Questions à décortiquer.
19 Octobre 2012
Lu par 2203 personne(s)
Avec ce qu’on appelle des casse-têtes, les entreprises veulent tester la créativité et la faculté de penser de façon analytique des candidats. Mais l’efficacité et l’efficience de ces casse-têtes sont douteuses.
La question est tout à fait inattendue : « Si un poulet et demi pond un œuf et demi en une journée et demie, combien d’œufs pond un poulet en un jour ? ». « Mais qu’est-ce qu’ils veulent ? », se demande le candidat ahuri et commence à bafouiller. Quand un directeur du personnel pose de tels casse-têtes, alias « brainteaser », c’est qu’il veut tester l’esprit analytique, la créativité et l’intelligence mathématique du candidat. Mais les opinions sur la signification et l’effectivité de ces casse-têtes divergent.
Rester impassible face aux casse-têtes
Ce sont surtout les cabinets spécialisés en conseil d’entreprise et les banques d’investissement, mais aussi les entreprises de l’industrie de biens de consommation qui misent sur ces jeux d’esprit, affirme Stefan Menden. Le co-fondateur du réseau d’entraide pour la carrière squeaker.net s’intéresse depuis déjà plusieurs années aux jeux d’esprit et a rassemblé dans son livre « Das Insider-Dossier : Brainteaser im Bewerbungsgespräch » (« Le dossier des initiés: les casses-têtes pendant l’entretien d’embauche » ; ce livre n’existe pas en Français.) 100 de ces devinettes.
Le trentenaire veut ainsi aider des candidats à rester calme face à ces casse-têtes assez surprenants. « Il ne s’agit pas forcément de trouver la solution à tout prix, mais surtout de procéder de façon structurée », explique Menden. C’est donc pour ça qu’il ne faut en aucun cas clamer tout haut la solution supposée. En effet, celle-ci est la plupart du temps fausse. Prenons par exemple la question de la barque : le niveau de l’eau monte ou descend-il quand on lève l’ancre ? Le niveau monte, parce que l’ancre est lourde et qu’elle fait s’enfoncer la barque plus profondément et que la masse d’eau ainsi repoussée est supérieure à la masse de l’ancre dans l’eau. CQFD. Mais cette solution n’est pas tout de suite à portée de chacun.
Toujours dire ce que l’on est en train de penser
« Commencez par vous installer confortablement et décomposez le problème », recommande notre expert en casse-têtes Menden. Il est surtout important de toujours dire ce que l’on est en train de faire. C’est aussi ce que recommande Just Schurmann. « Penser à voix haute aide souvent à surmonter la nervosité et à structurer ses pensées », nous dit le gestionnaire du Bonston Consulting Group (BCG) à Munich, responsable du recrutement. Là, on n’utilise pas les casse-têtes de façon systématique. Il existe des manières plus intéressantes de saisir la vitesse d’analyse et la créativité d’un candidat, par exemple par la résolution d’une étude de cas », explique Schurmann.
De plus, on peut s’entraîner à résoudre ce genre de problèmes. « vous ne savez donc pas si la réponse est le résultat d’une bonne intelligence spontanée ou d’un entrainement », explique le manager du personnel du BCG. Christoph Aldering, expert en diagnostic chez Kienbaum à Gummersbach, voit les choses de la même façon. Là aussi, on renonce à ces jeux d’esprits. De plus, les casse-têtes n’auraient rien à voir avec le travail au quotidien. « Si cela devient une embuscade destinée à faire trébucher le candidat pendant le déroulement de sa candidature, c’est que le procédé de sélection n’est pas construit de façon adéquate. », explique le psychologue de métier.
En définitive, une analyse fondée des exigences devrait être la base de tout processus de candidature.
Critique : les résultats ne disent pas grand-chose
Même Heinz Schuler, professeur de psychologie à l’université de Hohenheim, ne peut que spéculer lorsqu’il s’agit de casse-têtes. « Selon toute apparence, derrière des réponses correctes, drôles ou convaincantes pour quelques raisons que ce soient, se cachent de l’intelligence verbale, de la créativité, du don de répartie, de la flexibilité et de l’humour », présume l’expert en tests pour le choix du personnel et critique par là que l’on ne peut ni considérer que le résultat en dise long, ni que le processus de décision soit transparent.
Si à travers de tels problèmes on peut en apprendre plus sur les structures de l’esprit, la façon d’aborder les choses et les techniques utilisées pour résoudre un problème, alors rien ne s’y oppose, estime également Rüdiger Hossop, psychologue à l’université de Bochum. Mais s’il s’agit simplement de question quiz, c’est qu’on a affaire à un gadget intellectuel.
Tester l’habileté pour les sujets sensibles
C’est pour cette raison que les chargés du personnel chez Procter & Gamble renoncent aux casse-têtes. Par contre, les candidats doivent s’attendre à des questions inhabituelles du style : « Comment commercialiseriez-vous des serviettes hygiéniques Allways au Pakistan ? » Cependant, c’est surtout la créativité et la sensibilité interculturelle qui sont ici testées, dit la porte-parole d’entreprise Petra Popall. Elle ne peut confirmer l’utilisation des casse-têtes au sens propre.
L’expert en casse-têtes Stephan Menden a entretemps découvert une autre raison d’utiliser ce genre de problèmes épineux : « En principe, il s’agit de mettre le candidat dans une situation inattendue et de voir comment il réagit », explique le conseiller d’entreprise, qui a dû lui-même résoudre des casse-têtes lors de ces entretiens d’embauche. Les casses-têtes ne servent-ils donc qu’à déstabiliser un candidat ? « C’est exactement ce que nous cherchons à éviter dans cette situation », dit le manager du personnel du BCG Just Schürmann. Mais en définitive, une interview n’est pas faite pour montrer sa résistance au stress.
Chez BCG, au moins, l’éventuel futur conseiller d’entreprise n’échoue pas à la question du poulet. Même si on n’a besoin pour résoudre le problème que de la règle par trois. Si un poulet et demi pond un œuf et demi en une journée et demie, un poulet pond un œuf en un jour et demi. Ce qui signifie qu’un poulet pond deux tiers d’œufs en une journée. Mais heureusement, personne ne demande comment cela fonctionne.
Bärbel Schwertfeger.
Monster.ch
Mis en ligne le 19 octobre 2012.
La question est tout à fait inattendue : « Si un poulet et demi pond un œuf et demi en une journée et demie, combien d’œufs pond un poulet en un jour ? ». « Mais qu’est-ce qu’ils veulent ? », se demande le candidat ahuri et commence à bafouiller. Quand un directeur du personnel pose de tels casse-têtes, alias « brainteaser », c’est qu’il veut tester l’esprit analytique, la créativité et l’intelligence mathématique du candidat. Mais les opinions sur la signification et l’effectivité de ces casse-têtes divergent.
Rester impassible face aux casse-têtes
Ce sont surtout les cabinets spécialisés en conseil d’entreprise et les banques d’investissement, mais aussi les entreprises de l’industrie de biens de consommation qui misent sur ces jeux d’esprit, affirme Stefan Menden. Le co-fondateur du réseau d’entraide pour la carrière squeaker.net s’intéresse depuis déjà plusieurs années aux jeux d’esprit et a rassemblé dans son livre « Das Insider-Dossier : Brainteaser im Bewerbungsgespräch » (« Le dossier des initiés: les casses-têtes pendant l’entretien d’embauche » ; ce livre n’existe pas en Français.) 100 de ces devinettes.
Le trentenaire veut ainsi aider des candidats à rester calme face à ces casse-têtes assez surprenants. « Il ne s’agit pas forcément de trouver la solution à tout prix, mais surtout de procéder de façon structurée », explique Menden. C’est donc pour ça qu’il ne faut en aucun cas clamer tout haut la solution supposée. En effet, celle-ci est la plupart du temps fausse. Prenons par exemple la question de la barque : le niveau de l’eau monte ou descend-il quand on lève l’ancre ? Le niveau monte, parce que l’ancre est lourde et qu’elle fait s’enfoncer la barque plus profondément et que la masse d’eau ainsi repoussée est supérieure à la masse de l’ancre dans l’eau. CQFD. Mais cette solution n’est pas tout de suite à portée de chacun.
Toujours dire ce que l’on est en train de penser
« Commencez par vous installer confortablement et décomposez le problème », recommande notre expert en casse-têtes Menden. Il est surtout important de toujours dire ce que l’on est en train de faire. C’est aussi ce que recommande Just Schurmann. « Penser à voix haute aide souvent à surmonter la nervosité et à structurer ses pensées », nous dit le gestionnaire du Bonston Consulting Group (BCG) à Munich, responsable du recrutement. Là, on n’utilise pas les casse-têtes de façon systématique. Il existe des manières plus intéressantes de saisir la vitesse d’analyse et la créativité d’un candidat, par exemple par la résolution d’une étude de cas », explique Schurmann.
De plus, on peut s’entraîner à résoudre ce genre de problèmes. « vous ne savez donc pas si la réponse est le résultat d’une bonne intelligence spontanée ou d’un entrainement », explique le manager du personnel du BCG. Christoph Aldering, expert en diagnostic chez Kienbaum à Gummersbach, voit les choses de la même façon. Là aussi, on renonce à ces jeux d’esprits. De plus, les casse-têtes n’auraient rien à voir avec le travail au quotidien. « Si cela devient une embuscade destinée à faire trébucher le candidat pendant le déroulement de sa candidature, c’est que le procédé de sélection n’est pas construit de façon adéquate. », explique le psychologue de métier.
En définitive, une analyse fondée des exigences devrait être la base de tout processus de candidature.
Critique : les résultats ne disent pas grand-chose
Même Heinz Schuler, professeur de psychologie à l’université de Hohenheim, ne peut que spéculer lorsqu’il s’agit de casse-têtes. « Selon toute apparence, derrière des réponses correctes, drôles ou convaincantes pour quelques raisons que ce soient, se cachent de l’intelligence verbale, de la créativité, du don de répartie, de la flexibilité et de l’humour », présume l’expert en tests pour le choix du personnel et critique par là que l’on ne peut ni considérer que le résultat en dise long, ni que le processus de décision soit transparent.
Si à travers de tels problèmes on peut en apprendre plus sur les structures de l’esprit, la façon d’aborder les choses et les techniques utilisées pour résoudre un problème, alors rien ne s’y oppose, estime également Rüdiger Hossop, psychologue à l’université de Bochum. Mais s’il s’agit simplement de question quiz, c’est qu’on a affaire à un gadget intellectuel.
Tester l’habileté pour les sujets sensibles
C’est pour cette raison que les chargés du personnel chez Procter & Gamble renoncent aux casse-têtes. Par contre, les candidats doivent s’attendre à des questions inhabituelles du style : « Comment commercialiseriez-vous des serviettes hygiéniques Allways au Pakistan ? » Cependant, c’est surtout la créativité et la sensibilité interculturelle qui sont ici testées, dit la porte-parole d’entreprise Petra Popall. Elle ne peut confirmer l’utilisation des casse-têtes au sens propre.
L’expert en casse-têtes Stephan Menden a entretemps découvert une autre raison d’utiliser ce genre de problèmes épineux : « En principe, il s’agit de mettre le candidat dans une situation inattendue et de voir comment il réagit », explique le conseiller d’entreprise, qui a dû lui-même résoudre des casse-têtes lors de ces entretiens d’embauche. Les casses-têtes ne servent-ils donc qu’à déstabiliser un candidat ? « C’est exactement ce que nous cherchons à éviter dans cette situation », dit le manager du personnel du BCG Just Schürmann. Mais en définitive, une interview n’est pas faite pour montrer sa résistance au stress.
Chez BCG, au moins, l’éventuel futur conseiller d’entreprise n’échoue pas à la question du poulet. Même si on n’a besoin pour résoudre le problème que de la règle par trois. Si un poulet et demi pond un œuf et demi en une journée et demie, un poulet pond un œuf en un jour et demi. Ce qui signifie qu’un poulet pond deux tiers d’œufs en une journée. Mais heureusement, personne ne demande comment cela fonctionne.
Bärbel Schwertfeger.
Monster.ch
Mis en ligne le 19 octobre 2012.
