Expert-comptable, médecin interne de la PME
29 Septembre 2006
Lu par 2748 personne(s)
• Ce professionnel des chiffres est avant tout polyvalent
• 300 praticiens exercent actuellement l’expertise comptable
Si l’on devrait résumer le métier d’expert-comptable, on dirait qu’il est à l’entreprise ce qu’est un médecin interne pour un patient. Comme ce spécialiste doit maîtriser le fonctionnement de tous les organes du corps humain, l’expert-comptable est censé toucher à l’ensemble des fonctions de l’entreprise. Mais par l’aspect le plus apparent de son intervention, il est souvent assimilé à un professionnel des chiffres par le grand public, ce qui irrite la profession qui déteste d’être assimilée aux comptables.
L’exercice de l’expertise comptable est protégé un peu partout dans le monde par des barrières à l’entrée dont la légitimité commence à être remise en cause dans certains pays (Italie). Le gouvernement de Prodi est parti en guerre contre certaines professions réglementées et des activités soumises agrément (taxis).
Près de 300 experts-comptables exercent aujourd’hui au Maroc, en majorité en cabinet individuel. Théoriquement, il faut entre 8 à 9 ans de formation dans le meilleur des cas, pour décrocher un diplôme d’expertise-comptable. Les candidats «bac +4» en gestion ou équivalent, admis au concours, font 3 ans de formation en alternance (séminaire et stage) au terme desquels, ils soutiennent un mémoire de fin d’études. Dans le meilleur des cas, il faut compter 5 ans. Ce qui fait bac +9. En réalité, ces jeunes mettent plus de temps pour sortir sur le marché, souvent parce qu’il faut qu’ils valident des stages de plus en plus difficiles à trouver, et pour les plus avancés (les mémorialistes en instance de soutenance du mémoire de fin d’études), à cause de leurs obligations professionnelles.
La formation est assurée par l’ISCAE qui garde un monopole de moins en moins justifié. «La formation à l’expertise comptable doit relever du contrôle de l’Etat», observe Mohamed Dami, expert-comptable, à l’image de ce qui se fait pour les écoles d’ingénieurs. Le projet d’étendre la préparation au diplôme d’expertise comptable aux ENCG (Ecole nationale de commerce et de gestion) se heurte pour l’instant à un puissant lobby qui milite pour le statu quo. Mais rien ne s’oppose à ce que d’autres centres dispensent la formation à l’expertise à condition de garder un centre d’examen national afin de garantir la crédibilité de ce diplôme, tempère Rachid Seddik Seghir, associé-gérant du cabinet Seddik. Nos interlocuteurs sont unanimes sur l’impératif de réformer le programme pour mieux l’adapter aux réalités économiques et aux nouvelles contraintes du métier. «La formation devrait faire un peu plus de place aux domaines moins techniques mais utiles au professionnel dans l’exercice quotidien», explique Abdelmajid Benjelloun Touimi de Benjelloun Consulting. Quitte à intégrer des matières comme l’anglais financier, les techniques d’expression orale, la méthodologie de rédaction des rapports et mémoires, etc.
De même, les matières liées à la déontologie professionnelle deviennent d’une impérieuse nécessité. Lorsqu’il sera installé, l’expert-comptable aura à gérer une PME avec une équipe, il est donc important qu’il possède des bases de marketing et de management, renchérit Brahim Arif, expert-comptable, associé chez Fidaroc. Et puisque les clients ne tomberont pas du ciel, il faudra qu’il maîtrise des outils de prospection commerciale, observe Zakaria Fahim, expert-comptable. De par la loi, les experts-comptables disposent du monopole du commissariat aux comptes (audit légal des comptes) mais ce n’est pas le gagne-pain quotidien de la profession. Les mandats de commissariat aux comptes sont trustés par les enseignes internationales présentes au Maroc. Quatre mandats d’auditeur sur cinq sont assurés par les «fat four» (KPMG, PriceWaterhouse, Ernst & Young et Deloitte & Touch). Sur l’activité audit, la clientèle est formée de 3.000 sociétés (des SA et des SARL de plus de 50 millions de dirhams de chiffre d’affaires). Le mouvement actuel d’entrée en Bourse élargit cette population, mais ne change pas grand-chose aux positions des uns et des autres sur le marché.
Depuis des années, plusieurs pistes ont été lancées afin d’élargir le marché de l’audit légal: baisse du seuil rendant obligatoire le commissariat aux comptes dans les SARL à 20 millions de dirhams de chiffre d’affaires, répartition de la commande publique, obligation de l’audit légal pour les collectivités locales avec publication semestrielle de leurs comptes et rotation des mandat de commissariat aux comptes (un commissaire aux comptes ne doit pas faire plus de deux mandats successifs par exemple)
La dernière étude diligentée par les instances de l’Ordre montre que l’expert-comptable vit d’abord de la tenue des comptes et du conseil.
Au contraire de ce que l’on observe dans les pays développés, et dans certains pays dits émergents, aucun réseau de cabinets n’a pu émerger au Maroc. Cela est dû à la cristallisation de l’activité économique sur l’axe Casablanca-Kénitra, explique Abdelkader Boukhriss, expert-comptable et président d’honneur du SNEX (syndicat national des experts-comptables).
Les choses devraient cependant évoluer à moyen terme afin de suivre l’effervescence que connaissent les régions avec les grands chantiers lancés un peu partout. La raison essentielle qui justifie la constitution d’un réseau est d’offrir un service de proximité à un même client situé sur plusieurs zones géographiques. Ce qui n’est pas le cas au Maroc, l’activité économique étant concentrée dans une zone limitée, observe Abdelmajid Benjelloun. Le développement des franchises pourrait peut-être servir de levier à la création des réseaux, prédit Abdelkader Boukhriss.
Leconomiste.com
• 300 praticiens exercent actuellement l’expertise comptable
Si l’on devrait résumer le métier d’expert-comptable, on dirait qu’il est à l’entreprise ce qu’est un médecin interne pour un patient. Comme ce spécialiste doit maîtriser le fonctionnement de tous les organes du corps humain, l’expert-comptable est censé toucher à l’ensemble des fonctions de l’entreprise. Mais par l’aspect le plus apparent de son intervention, il est souvent assimilé à un professionnel des chiffres par le grand public, ce qui irrite la profession qui déteste d’être assimilée aux comptables.
L’exercice de l’expertise comptable est protégé un peu partout dans le monde par des barrières à l’entrée dont la légitimité commence à être remise en cause dans certains pays (Italie). Le gouvernement de Prodi est parti en guerre contre certaines professions réglementées et des activités soumises agrément (taxis).
Près de 300 experts-comptables exercent aujourd’hui au Maroc, en majorité en cabinet individuel. Théoriquement, il faut entre 8 à 9 ans de formation dans le meilleur des cas, pour décrocher un diplôme d’expertise-comptable. Les candidats «bac +4» en gestion ou équivalent, admis au concours, font 3 ans de formation en alternance (séminaire et stage) au terme desquels, ils soutiennent un mémoire de fin d’études. Dans le meilleur des cas, il faut compter 5 ans. Ce qui fait bac +9. En réalité, ces jeunes mettent plus de temps pour sortir sur le marché, souvent parce qu’il faut qu’ils valident des stages de plus en plus difficiles à trouver, et pour les plus avancés (les mémorialistes en instance de soutenance du mémoire de fin d’études), à cause de leurs obligations professionnelles.
La formation est assurée par l’ISCAE qui garde un monopole de moins en moins justifié. «La formation à l’expertise comptable doit relever du contrôle de l’Etat», observe Mohamed Dami, expert-comptable, à l’image de ce qui se fait pour les écoles d’ingénieurs. Le projet d’étendre la préparation au diplôme d’expertise comptable aux ENCG (Ecole nationale de commerce et de gestion) se heurte pour l’instant à un puissant lobby qui milite pour le statu quo. Mais rien ne s’oppose à ce que d’autres centres dispensent la formation à l’expertise à condition de garder un centre d’examen national afin de garantir la crédibilité de ce diplôme, tempère Rachid Seddik Seghir, associé-gérant du cabinet Seddik. Nos interlocuteurs sont unanimes sur l’impératif de réformer le programme pour mieux l’adapter aux réalités économiques et aux nouvelles contraintes du métier. «La formation devrait faire un peu plus de place aux domaines moins techniques mais utiles au professionnel dans l’exercice quotidien», explique Abdelmajid Benjelloun Touimi de Benjelloun Consulting. Quitte à intégrer des matières comme l’anglais financier, les techniques d’ex
De même, les matières liées à la déontologie professionnelle deviennent d’une impérieuse nécessité. Lorsqu’il sera installé, l’expert-comptable aura à gérer une PME avec une équipe, il est donc important qu’il possède des bases de marketing et de management, renchérit Brahim Arif, expert-comptable, associé chez Fidaroc. Et puisque les clients ne tomberont pas du ciel, il faudra qu’il maîtrise des outils de prospection commerciale, observe Zakaria Fahim, expert-comptable. De par la loi, les experts-comptables disposent du monopole du commissariat aux comptes (audit légal des comptes) mais ce n’est pas le gagne-pain quotidien de la profession. Les mandats de commissariat aux comptes sont trustés par les enseignes internationales présentes au Maroc. Quatre mandats d’auditeur sur cinq sont assurés par les «fat four» (KPMG, PriceWaterhouse, Ernst & Young et Deloitte & Touch). Sur l’activité audit, la clientèle est formée de 3.000 sociétés (des SA et des SARL de plus de 50 millions de dirhams de chiffre d’affaires). Le mouvement actuel d’entrée en Bourse élargit cette population, mais ne change pas grand-chose aux positions des uns et des autres sur le marché.
Depuis des années, plusieurs pistes ont été lancées afin d’élargir le marché de l’audit légal: baisse du seuil rendant obligatoire le commissariat aux comptes dans les SARL à 20 millions de dirhams de chiffre d’affaires, répartition de la commande publique, obligation de l’audit légal pour les collectivités locales avec publication semestrielle de leurs comptes et rotation des mandat de commissariat aux comptes (un commissaire aux comptes ne doit pas faire plus de deux mandats successifs par exemple)
La dernière étude diligentée par les instances de l’Ordre montre que l’expert-comptable vit d’abord de la tenue des comptes et du conseil.
Au contraire de ce que l’on observe dans les pays développés, et dans certains pays dits émergents, aucun réseau de cabinets n’a pu émerger au Maroc. Cela est dû à la cristallisation de l’activité économique sur l’axe Casablanca-Kénitra, explique Abdelkader Boukhriss, expert-comptable et président d’honneur du SNEX (syndicat national des experts-comptables).
Les choses devraient cependant évoluer à moyen terme afin de suivre l’effervescence que connaissent les régions avec les grands chantiers lancés un peu partout. La raison essentielle qui justifie la constitution d’un réseau est d’offrir un service de proximité à un même client situé sur plusieurs zones géographiques. Ce qui n’est pas le cas au Maroc, l’activité économique étant concentrée dans une zone limitée, observe Abdelmajid Benjelloun. Le développement des franchises pourrait peut-être servir de levier à la création des réseaux, prédit Abdelkader Boukhriss.
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