Le BIT met le doigt sur le racisme à l’embauche en France

• Les candidats d’origine maghrébine ou africaine particulièrement lésés

Près de quatre fois sur cinq, un employeur français préfère embaucher un candidat «d’origine hexagonale ancienne» plutôt que son collègue d’origine maghrébine ou noire africaine, selon une enquête du Bureau international du travail (BIT) réalisée par des tests de discrimination.
«Collectivement, les employeurs testés ont très nettement discriminé les candidats minoritaires (d’origine maghrébine ou noire africaine) et seulement 11% des employeurs ont respecté tout au long du processus de recrutement une égalité de traitement entre les deux candidats», écrit le BIT, dans son compte-rendu sur cette enquête menée entre fin 2005 et mi-2006 en coordination avec le ministère de l’Emploi français.

«Près de 90% de la discrimination globale est enregistrée avant même que les employeurs ne se soient donné la peine de recevoir les deux testeurs en entrevue», souligne le BIT.
Le BIT livre un petit florilège des discriminations allant du mensonge basique («le poste est déjà pourvu») à la réponse embrouillée («rappelez-moi en fin de semaine, on est quel jour ?.. on est vendredi... euh oui donc, rappelez-moi la semaine prochaine pour voir s’il y a du changement».)
L’enquête pointe aussi «une forme assez sournoise de discrimination» consistant à mettre en attente le candidat discriminé («envoyez un CV», «rappelez» ou «on vous rappellera») tandis que le candidat «majoritaire» reçoit une proposition d’entretien.

Au final, lorsque les employeurs ont le choix, près de quatre fois sur cinq (78,7%), ils favorisent le candidat «majoritaire», baptisé pour l’expérience Julien Roche ou Jérôme Moulin pour les hommes, Marion Roche ou Emilie Moulin pour les femmes.
Dans l’enquête, les autres candidats sont tout aussi Français. Ils ont un CV rigoureusement équivalent en termes de scolarité, formation, qualifications, expérience, mobilité, résidence, et se distinguent uniquement par un nom et un prénom à consonance maghrébine, comme Kader Larbi, Farid Boukhrit, ou noire africaine, comme Aminata Bongo ou Binta Traoré.

Au total, 2.440 offres d’emploi ont été testées à Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Paris et Strasbourg, le BIT ayant recours à des étudiants ou des comédiens, de 20 à 25 ans, dûment formés pour l’exercice.

Publié le15/03/2007

leconomiste.com