Les premiers effets destructeurs de la crise sur l’économie nationale : Le textile est au bord du gouffre
13 Février 2009
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Si l’absence d’un baromètre dédié à la mesure du climat des affaires et des tendances économiques fait cruellement défaut – comme du reste un thermomètre de l’emploi- il n’en reste pas moins que les premiers effets directs de la crise économique internationale (notamment pour les pays de l’UE et de la France en particulier) frappent plusieurs pans de l’économie nationale. Si la baisse de l’activité liée au tourisme et celle de la contribution des Marocains résidents à l’étranger (MRE), via le transfert en devises, a été «avouée» par le gouvernement El Fassi, d’autres secteurs économiques commencent à être sérieusement impactés. En effet, qu’en est-il de la santé de notre économie ? De la vitalité de nos entreprises ? Des tensions sur le marché du travail ? Du moral de la classe dirigeante et de celui des cadres ? Quels sont les secteurs d’activité les plus touchés ? Et sur un plan géographique, qu’en est-il ? Les rumeurs qui circulent sur le retard (voir la déprogrammation) de la venue de Renault Nissan à Tanger ont-elles des répercussions économiques sur la région Nord ? Cette palette d’interrogations alimente les discussions et les…débats entre acteurs politiques et entrepreneurs. De passage récemment au Maroc, François Faure, responsable adjoint risque pays chez BNParisbas, déclarait que le discours post-crise des plus grands économistes avait sensiblement évolué. «Un an avant le déclenchement de la crise économique, ils s’accordaient à dire que les économies émergentes étaient des économies de croissance. Depuis quelques mois, ils ont changé d’opinion», dit-il. Pourquoi penser que les pays émergents pouvaient résister ? Selon François Faure, pour trois raisons majeures. Primo, le redressement du prix des matières premières. Secundo, l’afflux de capitaux vers les pays émergents (grâce notamment à l’augmentation des prêts bancaires par les grandes banques internationales). Tertio : la croissance forte des économies émergentes comme la Chine ou le Brésil. Cependant, cette réalité économique n’est plus vraiment d’actualité.
Au Maroc, la croissance soutenue (autour de 6%) n’empêchera pas certains pans de l’économie d’être exposé aux effets de la crise mondiale. Ainsi, des premiers signaux ne laissent rien présager de bon. Aujourd’hui, des secteurs comme le textile, les BTP et le tourisme, l’automobile sont (très) touchés. «C’est la conséquence directe de la crise internationale car ce sont des secteurs qui sont ouverts au monde. Actuellement, de nombreuses multinationales positionnés sur l’immobilier sont dans l’expectative. Certaines ont même carrément stoppé leur activité, notamment à Rabat», indique Salma Khairane, en charge du conseil en entreprise pour le compte d’une multinationale. Ce qui conduit à s’interroger sur les (grands) projets annoncés par des groupes tels que Samah Dubaï ou Emmar). En outre, des zones d’ombre subsistent sur les promesses d’installation de sociétés spécialisées dans le offshoring et les Nouvelles Technologies de l’Information (NTI). «On rabâche sans cesse que le Maroc est un pays low-cost, truffé d’opportunités. Ce n’est pas forcément une vérité absolue. Les investisseurs sont de plus en plus avertis. Et le Maroc est directement concurrencé par des pays comme l’Egypte ou encore la Roumanie», ajoute-t-elle sur fond d’amertume. «Je suis Marocaine et je me bats quotidiennement pour convaincre les investisseurs étrangers, mais parfois, je dois me résoudre à la réalité. Notamment sur le déficit en ressources humaines (RH) qui constitue un facteur limitant pour l’investissement» poursuit Salma Khairane. Selon elle, la compétitivité du Maroc en matière de grilles de salaires est moindre par rapport à l’Egypte, par exemple. Le salaire d’un ingénieur (ou chef de projet) est estimé à environ 12 000 dirhams actuellement, contre 8 000 Dh, il y a peu. Soit une inflation salariale de l’ordre de 20 %.
Conséquences directes de la crise sur le textile
Pour le secteur du textile, la problématique liée aux RH ne constitue pas le «seul» facteur de blocage. Irrégularités des commandes, incertitudes commerciales, absence de visibilité, sont devenues le lot des entrepreneurs du secteur. Selon les scénarios les plus optimistes, l’activité devrait poursuivre son trend baissier sur une période de six mois. Quand aux scénarii exprimés par le «camp» des pessimistes, la crise profonde que vit le secteur pourrait s’étaler jusqu’à fin 2009. «Le vrai problème aujourd’hui, ce n’est pas de fabriquer, mais de vendre», déclare un chef d’entreprise, lassé de nager à contre courant. Il ajoute, «la Chine, l’Inde ou encore la Tunisie, ont d’ores et déjà mis sur pied des plans de relance. Qu’attendons-nous ? On se complait à être les derniers de la classe», lâche-t-il. Un discours relayé par le président de l’Association marocaine de l’industrie du textile et d’habillement (AMITH) qui demande «des aides pour passer la crise sans encombre. Il faut s’attendre à cinq ou six mois de vaches maigres pendant lesquels il ne va pas falloir perdre nos capacités de production. Faute de quoi, nous ne serons pas en mesure de récupérer des parts de marché lorsque les donneurs d’ordre reviendront». Cependant, le secteur souffre de lourds handicaps d’ordre structurel avec 80 % de ses besoins en matières premières en provenance d’Europe. Du coup, le délai (environ 10 jours) des intrants n’est pas pour arranger les affaires des professionnels du secteur. Plus particulièrement les industriels de la «Fast Fashion». La tendance vestimentaire du moment.
Bilan ? Des unités de production au bord du gouffre. On parle de fermeture de sites industriels et de lignes de production (Richbond serait dans ce cas, selon des informations recoupées). Pour la seule ville de Rabat, le secteur du textile aurait enregistré une perte sèche de 150 millions de dirhams de chiffre d’affaires. «Outre la baisse de la consommation au Royaume Uni, nous subissons de plein fouet la dévaluation de la livre sterling qui a chuté de 25 % depuis septembre 2007», indique un membre de la section AMITH pour la région. Autres conséquences directes, le champ social. Toujours dans la capitale administrative, le nombre de 2 000 emplois détruits est celui qui revient le plus. Autant dire que le processus de «destruction» d’emplois est en route. L’effet de la crise économique internationale n’est pas que…psychologique. Elle a réussi à sa glisser sous les mailles.
Rachid Hallaouy
Mis en ligne le 13 février 2009
lanouvelletribune.com
Au Maroc, la croissance soutenue (autour de 6%) n’empêchera pas certains pans de l’économie d’être exposé aux effets de la crise mondiale. Ainsi, des premiers signaux ne laissent rien présager de bon. Aujourd’hui, des secteurs comme le textile, les BTP et le tourisme, l’automobile sont (très) touchés. «C’est la conséquence directe de la crise internationale car ce sont des secteurs qui sont ouverts au monde. Actuellement, de nombreuses multinationales positionnés sur l’immobilier sont dans l’expectative. Certaines ont même carrément stoppé leur activité, notamment à Rabat», indique Salma Khairane, en charge du conseil en entreprise pour le compte d’une multinationale. Ce qui conduit à s’interroger sur les (grands) projets annoncés par des groupes tels que Samah Dubaï ou Emmar). En outre, des zones d’ombre subsistent sur les promesses d’installation de sociétés spécialisées dans le offshoring et les Nouvelles Technologies de l’Information (NTI). «On rabâche sans cesse que le Maroc est un pays low-cost, truffé d’opportunités. Ce n’est pas forcément une vérité absolue. Les investisseurs sont de plus en plus avertis. Et le Maroc est directement concurrencé par des pays comme l’Egypte ou encore la Roumanie», ajoute-t-elle sur fond d’amertume. «Je suis Marocaine et je me bats quotidiennement pour convaincre les investisseurs étrangers, mais parfois, je dois me résoudre à la réalité. Notamment sur le déficit en ressources humaines (RH) qui constitue un facteur limitant pour l’investissement» poursuit Salma Khairane. Selon elle, la compétitivité du Maroc en matière de grilles de salaires est moindre par rapport à l’Egypte, par exemple. Le salaire d’un ingénieur (ou chef de projet) est estimé à environ 12 000 dirhams actuellement, contre 8 000 Dh, il y a peu. Soit une inflation salariale de l’ordre de 20 %.
Conséquences directes de la crise sur le textile
Pour le secteur du textile, la problématique liée aux RH ne constitue pas le «seul» facteur de blocage. Irrégularités des commandes, incertitudes commerciales, absence de visibilité, sont devenues le lot des entrepreneurs du secteur. Selon les scénarios les plus optimistes, l’activité devrait poursuivre son trend baissier sur une période de six mois. Quand aux scénarii exprimés par le «camp» des pessimistes, la crise profonde que vit le secteur pourrait s’étaler jusqu’à fin 2009. «Le vrai problème aujourd’hui, ce n’est pas de fabriquer, mais de vendre», déclare un chef d’entreprise, lassé de nager à contre courant. Il ajoute, «la Chine, l’Inde ou encore la Tunisie, ont d’ores et déjà mis sur pied des plans de relance. Qu’attendons-nous ? On se complait à être les derniers de la classe», lâche-t-il. Un discours relayé par le président de l’Association marocaine de l’industrie du textile et d’habillement (AMITH) qui demande «des aides pour passer la crise sans encombre. Il faut s’attendre à cinq ou six mois de vaches maigres pendant lesquels il ne va pas falloir perdre nos capacités de production. Faute de quoi, nous ne serons pas en mesure de récupérer des parts de marché lorsque les donneurs d’ordre reviendront». Cependant, le secteur souffre de lourds handicaps d’ordre structurel avec 80 % de ses besoins en matières premières en provenance d’Europe. Du coup, le délai (environ 10 jours) des intrants n’est pas pour arranger les affaires des professionnels du secteur. Plus particulièrement les industriels de la «Fast Fashion». La tendance vestimentaire du moment.
Bilan ? Des unités de production au bord du gouffre. On parle de fermeture de sites industriels et de lignes de production (Richbond serait dans ce cas, selon des informations recoupées). Pour la seule ville de Rabat, le secteur du textile aurait enregistré une perte sèche de 150 millions de dirhams de chiffre d’affaires. «Outre la baisse de la consommation au Royaume Uni, nous subissons de plein fouet la dévaluation de la livre sterling qui a chuté de 25 % depuis septembre 2007», indique un membre de la section AMITH pour la région. Autres conséquences directes, le champ social. Toujours dans la capitale administrative, le nombre de 2 000 emplois détruits est celui qui revient le plus. Autant dire que le processus de «destruction» d’emplois est en route. L’effet de la crise économique internationale n’est pas que…psychologique. Elle a réussi à sa glisser sous les mailles.
Rachid Hallaouy
Mis en ligne le 13 février 2009
lanouvelletribune.com
