Tunisie-FMI : La Tunisie émerge du lot, mais l’emploi demeure le défi absolu

Pour la 2ème fois, le Fonds Monétaire International (FMI) choisit la Tunisie pour présenter son Rapport sur les perspectives régionales pour le Maghreb et le Moyen-Orient. Le ton y est nettement moins injonctif et la démarche moins prescriptive, voire flexible, ce qui n’a pas manqué de surprendre jusques et y compris ceux dont le métier est de traiter avec cette institution financière internationale.

Faut-il mettre cette nouvelle ligne sur le compte de la crise, pour ne pas ajouter aux déboires de ceux qui la subissent ou bien à l’actif de la nouvelle direction générale du FMI ? En tout cas, le Directeur adjoint du Département Moyen-Orient et Asie centrale, Amor Tahari, tout en acquiesçant que c’est le cas, a affirmé sans convaincre grand monde, que le Fonds a vocation, depuis sa création, voici plus de 60 ans, de prodiguer à ses membres des conseils et des recommandations.

Le fait est cependant que les perspectives de croissance dans les pays MENA sont manifestement moins mauvaises qu’ailleurs, notamment l’Union européenne, dans la mesure où le taux de croissance dans tous les pays qui composent ce groupe est positif, c'est-à-dire au-dessus de zéro, variant pour 2009 entre 1,1 % et 4,4%. C’est particulièrement le cas de la Tunisie où le taux de croissance du PIB attendu cette année est de 3,3% pour remonter à 3,8% en 2010, devancée uniquement par le Maroc avec 4,4% en 2009 et 2010. Dans ces deux pays, ce taux pourrait s’améliorer à la faveur d’une récolte exceptionnelle cette année. Le responsable du Fmi, qui se trouve en Tunisie à la tête d’une délégation du Fonds également , pour une mission au titre de l’Article IV, s’est gardé d’en dire davantage , en attendant la publication des conclusions de la mission, mais il a été aisé de comprendre que le taux prévu devrait être révisé légèrement à la hausse même si Amor Tahari a pris soin de préciser que tout dépendra de la façon dont le plan de relance sera à terme mise en œuvre et de son impact sur l’économie tunisienne.

Il n’en demeure pas moins que le ralentissement de la croissance dans les pays non producteurs de pétrole dont fait partie la Tunisie résulte d’une baisse des exportations, des recettes du tourisme, des envois de fonds et de l’IDE, alors que dans le cas des pays exportateurs de pétrole, il est le fait notamment de la contraction des exportations de pétrole et de gaz.

Dans cette configuration, c’est l’inflation qui donne le signe le plus positif, étant la plus faible au Maghreb, notamment en Tunisie et au Maroc où le coût des importations pétrolières a nettement baissé, de même qu’en ce qui concerne le solde budgétaire au titre duquel les déficits ne pourraient qu’augmenter légèrement vu l’espace budgétaire limité.

Autres périmètres où les pays magrébins sont relativement à l’abri, l’évolution des indices boursiers dont la chute y est moins prononcé (-7%) en Tunisie et (-21%) au Maroc alors qu’elle atteint -59% en Egypte et -46% à Qatar, outre les écarts des taux souverains, lesquels se sont creusés mais restent moins élevés au Maghreb.

Néanmoins, c’est le chômage qui représente le défi le plus important puisqu‘il est prévu qu’il risque de s’intensifier. La recette du FMI est claire : il faut accélérer la création d’emplois pour ne pas aggraver le taux de chômage.

Arithmétiquement, il faut un taux de croissance de 7 à 8% au moins pour pouvoir garder la situation sous contrôle, ce qui, en l’état actuel de l’économie mondiale et régionale, s’apparente plus à l’utopie qu’à la perspective économique.
Le FMI n’en recommande pas moins de continuer de jeter les bases d’une croissance durable et la création d’emplois, de centrer les dépenses sur le renforcement de la capacité de production de l’économie, d’améliorer le climat des affaires et enfin d’accroître la capacité de résistance des institutions et des marchés financiers.

Mis en ligne le 19 Juin 2009

Africanmanager