Aléas, mais aussi opportunités
5 Juin 2009
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A l'aune du contexte actuel et des soubresauts qu'il sous-tend, le développement économique axé sur les simples délocalisations a-t-il voix au chapitre ?
Gigogne à plus d'un titre, cette question commence par alimenter l'actualité économique de ces derniers temps. Et entre les détracteurs et les inconditionnels défenseurs de cette démarche, les points de clivage vont crescendo. Ce n'est pas tant que l'on ait eu en odeur de sainteté ces processus, mais par les temps qui courent, on estime incontournable de prendre en compte autant «les risques que les opportunités» liés à la tourmente économique et financière.
De plus en plus remises, les délocalisations commencent par susciter un vif débat. Avec la déprime économique internationale, ces processus ne pouvaient, par la force des choses, qu'être sous les feux de la rampe. Pour l'heure en effet, force est de constater que tout un chacun s'accorde à dire que la crise actuelle risque d'avoir des effets pernicieux sur les pays ayant jeté leur dévolu sur les délocalisations, plus particulièrement ceux ayant développé des démarches trop «extraverties et peu diversifiées». Sur ce registre, que l'on ne s'y méprenne surtout pas. Si, a priori, ces processus se sont avérés opportuns, il faut savoir qu'avec les temps qui courent, ils ont fini par avoir leur revers de la médaille. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au Maroc, les délocalisations qui sont au cœur du programme «Emergence», ne peuvent que tarauder plus d'un. Ce n'est pas tant que l'on ait eu en odeur de sainteté ces mêmes processus, mais nombreux sont les observateurs qui estiment que tel qu'il a été peaufiné, le plan devrait faire l'objet d'un toilettage et tenir compte des aléas qui sévissent un peu partout dans le monde.
Le Maroc, fait-on valoir, est acculé à «retenir les leçons de la crise internationale». Le risque d'une bousculade dans les échéances et du déploiement opérationnel n'est pas à reléguer au second plan. Sans pour autant occulter le fait selon lequel, à moyen terme, l'accélération des délocalisations peut constituer une bouffée d'oxygène, il est un raisonnement imparable qui veut que l'on prenne en considération «la grande fragilité des stratégies qui misent principalement sur la variable coût du travail et sur des marchés sectoriels et géographiques trop restreints». Le traquenard de ces mêmes démarches est double. Primo, les entreprises qui délocalisent pour des raisons de coûts de travail pourront toujours trouver d'autres destinations plus avantageuses et plus concurrentielles, à l'instar de la Chine et de l'Inde. Justement pour ce dernier pays, l'exemple qui est autrement plus éloquent, est à méditer.
Le pays reste toujours, de loin, la première destination de l'offshoring, mais les soubresauts de la crise actuelle ont révélé la fragilité du secteur et la stratégie jusque-là menée. Secundo, par quête de compétences, les entreprises qui délocalisent, risquent d'être confrontées à l'insuffisance de know how et des infrastructures dédiées. Le marché du travail du secteur des activités de services délocalisées connaît au Maroc un déséquilibre entre les demandes des entreprises en matière de ressources humaines qualifié dans les métiers de l'offshoring et l'offre des demandeurs d'emploi.
Ce déséquilibre est tel que de nombreuses entreprises ne trouvent pas de candidats disposant des compétences pour les postes disponibles et sont contraintes de mettre en place elles-mêmes des programmes de formation. Si le Maroc est mis en concurrence pour une implantation d'entreprise dans l'offshoring avec un autre pays, cette pénurie de compétences constitue un handicap certain. Elle peut même pousser à la relocalisation dans certains cas. En outre, l'offre marocaine en ingénieurs et techniciens spécialisés en informatique se limite à 1.600 cadres par an. Ce chiffre est très faible par rapport aux besoins du secteur de l'ITO qui sont actuellement de plus de 3.000 nouveaux cadres. L'Etat a certes lancé son programme de formation de 10.000 ingénieurs et a ouvert plusieurs nouveaux instituts de formation, mais les premières retombées de ce programme ne sont toujours pas effectives. Ceci entraîne, dans l'immédiat, une pénurie des ingénieurs en informatique et une hausse importante de leurs salaires.
La délocalisation des activités de service évolue au Maroc dans un contexte marqué par une compétition effrénée en termes d'offres offshoring attractives. Dans ce cadre, le Maroc devrait mettre en place un système de veille efficace, assurant le suivi permanent des évolutions de ce secteur pour préserver la compétitivité de l'offre Maroc et sa qualité de destination privilégiée pour les grands groupes. Question gigogne : à l'aune de la déprime actuelle, le Maroc peut-il axer indéfiniment sa stratégie de développement sur les simples délocalisations, quelles qu'elles soient ?
La panacée
En vue de renforcer le potentiel industriel régional et le doter de qualité attractive et compétitive, une stratégie de développement des pôles industriels régionaux a été mise en œuvre, reposant sur un partenariat actif entre divers acteurs portant aussi bien sur des projets structurants que sur l'innovation et la recherche et développement. Le programme prévoit à travers sa déclinaison territoriale, la mise en place de pôles de développement régionaux autour des secteurs à fort potentiel et de nouveaux métiers érigés en moteurs de croissance. Dans ce cadre, il y a lieu de citer notamment le Programme de pôles d'excellence industriels intégrés (PEII) Ce programme, financé par le Fonds Hassan II pour le développement économique et social à concurrence d'une enveloppe de 500 MDH, a pour objet la réalisation d'un programme de plates formes d'excellence industrielles intégrées offrant des activités industrielles et commerciales, des centres de formation et de recherche, des services de base et spécifiques ainsi qu'une zone d'habitation, éventuellement, réservée aux employés de la cité.
Abdelali Boukhalef
Publié le 14 Mai 2009
Mis en ligne le 5 Juin 2009
lematin.ma
Gigogne à plus d'un titre, cette question commence par alimenter l'actualité économique de ces derniers temps. Et entre les détracteurs et les inconditionnels défenseurs de cette démarche, les points de clivage vont crescendo. Ce n'est pas tant que l'on ait eu en odeur de sainteté ces processus, mais par les temps qui courent, on estime incontournable de prendre en compte autant «les risques que les opportunités» liés à la tourmente économique et financière.
De plus en plus remises, les délocalisations commencent par susciter un vif débat. Avec la déprime économique internationale, ces processus ne pouvaient, par la force des choses, qu'être sous les feux de la rampe. Pour l'heure en effet, force est de constater que tout un chacun s'accorde à dire que la crise actuelle risque d'avoir des effets pernicieux sur les pays ayant jeté leur dévolu sur les délocalisations, plus particulièrement ceux ayant développé des démarches trop «extraverties et peu diversifiées». Sur ce registre, que l'on ne s'y méprenne surtout pas. Si, a priori, ces processus se sont avérés opportuns, il faut savoir qu'avec les temps qui courent, ils ont fini par avoir leur revers de la médaille. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au Maroc, les délocalisations qui sont au cœur du programme «Emergence», ne peuvent que tarauder plus d'un. Ce n'est pas tant que l'on ait eu en odeur de sainteté ces mêmes processus, mais nombreux sont les observateurs qui estiment que tel qu'il a été peaufiné, le plan devrait faire l'objet d'un toilettage et tenir compte des aléas qui sévissent un peu partout dans le monde.
Le Maroc, fait-on valoir, est acculé à «retenir les leçons de la crise internationale». Le risque d'une bousculade dans les échéances et du déploiement opérationnel n'est pas à reléguer au second plan. Sans pour autant occulter le fait selon lequel, à moyen terme, l'accélération des délocalisations peut constituer une bouffée d'oxygène, il est un raisonnement imparable qui veut que l'on prenne en considération «la grande fragilité des stratégies qui misent principalement sur la variable coût du travail et sur des marchés sectoriels et géographiques trop restreints». Le traquenard de ces mêmes démarches est double. Primo, les entreprises qui délocalisent pour des raisons de coûts de travail pourront toujours trouver d'autres destinations plus avantageuses et plus concurrentielles, à l'instar de la Chine et de l'Inde. Justement pour ce dernier pays, l'exemple qui est autrement plus éloquent, est à méditer.
Le pays reste toujours, de loin, la première destination de l'offshoring, mais les soubresauts de la crise actuelle ont révélé la fragilité du secteur et la stratégie jusque-là menée. Secundo, par quête de compétences, les entreprises qui délocalisent, risquent d'être confrontées à l'insuffisance de know how et des infrastructures dédiées. Le marché du travail du secteur des activités de services délocalisées connaît au Maroc un déséquilibre entre les demandes des entreprises en matière de ressources humaines qualifié dans les métiers de l'offshoring et l'offre des demandeurs d'emploi.
Ce déséquilibre est tel que de nombreuses entreprises ne trouvent pas de candidats disposant des compétences pour les postes disponibles et sont contraintes de mettre en place elles-mêmes des programmes de formation. Si le Maroc est mis en concurrence pour une implantation d'entreprise dans l'offshoring avec un autre pays, cette pénurie de compétences constitue un handicap certain. Elle peut même pousser à la relocalisation dans certains cas. En outre, l'offre marocaine en ingénieurs et techniciens spécialisés en informatique se limite à 1.600 cadres par an. Ce chiffre est très faible par rapport aux besoins du secteur de l'ITO qui sont actuellement de plus de 3.000 nouveaux cadres. L'Etat a certes lancé son programme de formation de 10.000 ingénieurs et a ouvert plusieurs nouveaux instituts de formation, mais les premières retombées de ce programme ne sont toujours pas effectives. Ceci entraîne, dans l'immédiat, une pénurie des ingénieurs en informatique et une hausse importante de leurs salaires.
La délocalisation des activités de service évolue au Maroc dans un contexte marqué par une compétition effrénée en termes d'offres offshoring attractives. Dans ce cadre, le Maroc devrait mettre en place un système de veille efficace, assurant le suivi permanent des évolutions de ce secteur pour préserver la compétitivité de l'offre Maroc et sa qualité de destination privilégiée pour les grands groupes. Question gigogne : à l'aune de la déprime actuelle, le Maroc peut-il axer indéfiniment sa stratégie de développement sur les simples délocalisations, quelles qu'elles soient ?
La panacée
En vue de renforcer le potentiel industriel régional et le doter de qualité attractive et compétitive, une stratégie de développement des pôles industriels régionaux a été mise en œuvre, reposant sur un partenariat actif entre divers acteurs portant aussi bien sur des projets structurants que sur l'innovation et la recherche et développement. Le programme prévoit à travers sa déclinaison territoriale, la mise en place de pôles de développement régionaux autour des secteurs à fort potentiel et de nouveaux métiers érigés en moteurs de croissance. Dans ce cadre, il y a lieu de citer notamment le Programme de pôles d'excellence industriels intégrés (PEII) Ce programme, financé par le Fonds Hassan II pour le développement économique et social à concurrence d'une enveloppe de 500 MDH, a pour objet la réalisation d'un programme de plates formes d'excellence industrielles intégrées offrant des activités industrielles et commerciales, des centres de formation et de recherche, des services de base et spécifiques ainsi qu'une zone d'habitation, éventuellement, réservée aux employés de la cité.
Abdelali Boukhalef
Publié le 14 Mai 2009
Mis en ligne le 5 Juin 2009
lematin.ma
