Entretiens de recrutement : faites sauter les préjugés.
9 Février 2015
Lu par 3589 personne(s)
Une relation adulte entre 2 interlocuteurs
Une définition de l’entretien de recrutement pourrait être : situation de communication orale entre 2 ou plusieurs individus ayant pour objectif professionnel, pour le recruteur de décider d’engager le candidat et pour celui-ci d’accepter ou non le poste proposé. Tout est dit. Deux mondes se rencontrent et sous couvert de vouloir absolument objectiver ce moment, oublier qu’il s’agit de 2 humains, forcément subjectifs, serait une faute professionnelle. Gageons cependant que ces deux personnes sont adultes et en soi vont donc agir en adultes (encore une incertitude des deux côtés). Car le recruteur apporte avec lui, pendant l’entretien, son expérience, ses attentes, les attentes de ses clients, ses réussites autant que ses désillusions, et le candidat sa lecture du poste, ses précédentes réussites et ses échecs voire son inexpérience en entretien. Ma fille dirait : « c’est mal barré ». Elle n’a pas tout à fait tort.
Des préjugés et des recruteurs
Le recruteur, même s’il n’aime pas le dire, est un chasseur. Attention, vous n’êtes pas la proie, non, il veut VOS compétences, pour les cultiver dans SON entreprise. Il a donc peu à peu défini un portrait-type du candidat idéal. Et s’en écarter (pour vous, candidat) c’est dangereux, surtout si vous cherchez à vous démarquer par vos différences, plutôt que par l’intégration de vos atouts. Certains d’entre vous, managers notamment, êtes tour à tour candidat et recruteur. Et voyez comme il vous est difficile d’aller au-delà de vos préjugés dès que vous enfilez la casquette « de celui qui décide » ! Même dans nos ateliers dédiés aux entretiens, lors des simulations, vous êtes nombreux à nous dire que dès que vous « êtes le recruteur », vous perdez une part de votre écoute. Vous n’avez pas de poste à pourvoir, et pourtant, vous opposez au cadre en face de vous des questions qui vous paraîtraient, en tant que candidat, totalement hors de propos (« et donc, avec vos 2 enfants, en cas d’astreinte, vous faites comment ? »(Parce que moi, j’en ai 2 aussi et cela me semble impossible d’associer vie de famille épanouie et astreinte). Donc le recruteur EST préjugés. Il est perclus de sous-entendus, de vision parcellaire, de mauvaise volonté, de… hé ! Et là, ne suis-je pas en train de faire preuve de beaucoup de préjugés en décidant de dire LES recruteurs, tous les mêmes ? Bien alors, je dois vous le dire, objectivement, la très grande majorité des recruteurs sont de vrais professionnels, ils travaillent avec des outils qui leur permettent une analyse et un comparatif réel entre les candidats reçus. Ils ont un poste, 60 candidats, faire des choix ce sera forcément rendre heureux l’un d’eux, et malheureux 59 autres…
Des préjugés et des candidats
Le candidat, terme consacré (je n’aime pas ce mot, pour moi vous êtes un professionnel pas un candidat au bac…) arrive lui aussi avec un vécu, une représentation de l’entreprise, du poste, du cabinet conseil, voire du recruteur qu’il a peut-être déjà rencontré précédemment… Et plus il avance dans les entretiens, plus la part de subjectivité peut grandir. Qui n'a pas déjà connu ce moment difficile où la crêpe de la motivation retombe...à côté. Le poste, sur le papier, vous plaisait. Mais devant les locaux de l'entreprise, après 45 minutes de bouchons, votre entrain a nettement baissé. Sauf urgence, désormais tout ce que le recruteur pourra dire ou demander pourra être retenu contre lui. (De toute manière, l'accueil était nul, les locaux paumés, le RH has been...), car si vous n'avez pas exploré clairement vos motivations et limites de choix, il vous sera toujours plus facile de vous retrancher derrière l'autre, sa responsabilité. Attention, le droit au NON existe, et il est même essentiel. Mais êtes-vous sûr de garder toute votre objectivité en entretien ? Savoir être professionnel, dans ces moments d'échange, est un vrai atout, car les préjugés s'entremêlent et d'une situation au départ gagnant/gagnant, tout le monde peut vite perdre, en temps, en professionnalisme et tout simplement en emploi. Votre atout ? Souvent, très souvent même, vous avez pris le temps de questionner votre subjectivité, que ce soit lors d'un temps de conseil avec un Consultant, seul en définissant vos objectifs. Sachez vous accrocher à ces éléments clés lors des échanges. Ne laissez pas votre instinct mener l'échange.
Des préjugés à faire sauter de toute urgence par tous
Autant de préjugés qui peuvent être silencieusement formulés par l’un ou l’autre des acteurs de l’entretien… (et oui, candidat comme recruteur, regardez de nouveau les phrases, si, si, vous avez au moins une fois utilisé l’une ou l’autre…) en quelques secondes, le mal est fait, mais pas dit, et votre échange commence mal. Très mal.
Alors il faudrait en rester là ?
Une piste : être réellement dans le moment présent. Considérer CET entretien, comme un moment unique, non lié à ceux que vous avez eus précédemment, et ne pas « classer » votre interlocuteur trop vite. Une maladresse ne fait pas un maladroit, un ton hâtif ne fait pas un agressif, un tic léger ne fait pas un inadapté. Et ce, des deux côtés. Si être présent à l’instant présent vous pose souci, sachez que cela se travaille, beaucoup de cadres et managers d’ailleurs arrivent à dépasser une posture subjective en utilisant les méthodes de psychologie positive et de pleine conscience. Et c’est un travail quotidien, nous restons, même les meilleurs d’entre nous, subjectifs, « espérément »* humains !
*Si désespérément existe, son antonyme lui n’est pas dans le dictionnaire, dommage ! Si vous en trouvez un, n’hésitez pas, je le réutiliserai avec un réel plaisir.
Laurence Charneau.
http://blog-experts.cadres.apec.fr
Mis en ligne le 9 février 2015.
Une définition de l’entretien de recrutement pourrait être : situation de communication orale entre 2 ou plusieurs individus ayant pour objectif professionnel, pour le recruteur de décider d’engager le candidat et pour celui-ci d’accepter ou non le poste proposé. Tout est dit. Deux mondes se rencontrent et sous couvert de vouloir absolument objectiver ce moment, oublier qu’il s’agit de 2 humains, forcément subjectifs, serait une faute professionnelle. Gageons cependant que ces deux personnes sont adultes et en soi vont donc agir en adultes (encore une incertitude des deux côtés). Car le recruteur apporte avec lui, pendant l’entretien, son expérience, ses attentes, les attentes de ses clients, ses réussites autant que ses désillusions, et le candidat sa lecture du poste, ses précédentes réussites et ses échecs voire son inexpérience en entretien. Ma fille dirait : « c’est mal barré ». Elle n’a pas tout à fait tort.
Des préjugés et des recruteurs
Le recruteur, même s’il n’aime pas le dire, est un chasseur. Attention, vous n’êtes pas la proie, non, il veut VOS compétences, pour les cultiver dans SON entreprise. Il a donc peu à peu défini un portrait-type du candidat idéal. Et s’en écarter (pour vous, candidat) c’est dangereux, surtout si vous cherchez à vous démarquer par vos différences, plutôt que par l’intégration de vos atouts. Certains d’entre vous, managers notamment, êtes tour à tour candidat et recruteur. Et voyez comme il vous est difficile d’aller au-delà de vos préjugés dès que vous enfilez la casquette « de celui qui décide » ! Même dans nos ateliers dédiés aux entretiens, lors des simulations, vous êtes nombreux à nous dire que dès que vous « êtes le recruteur », vous perdez une part de votre écoute. Vous n’avez pas de poste à pourvoir, et pourtant, vous opposez au cadre en face de vous des questions qui vous paraîtraient, en tant que candidat, totalement hors de propos (« et donc, avec vos 2 enfants, en cas d’astreinte, vous faites comment ? »(Parce que moi, j’en ai 2 aussi et cela me semble impossible d’associer vie de famille épanouie et astreinte). Donc le recruteur EST préjugés. Il est perclus de sous-entendus, de vision parcellaire, de mauvaise volonté, de… hé ! Et là, ne suis-je pas en train de faire preuve de beaucoup de préjugés en décidant de dire LES recruteurs, tous les mêmes ? Bien alors, je dois vous le dire, objectivement, la très grande majorité des recruteurs sont de vrais professionnels, ils travaillent avec des outils qui leur permettent une analyse et un comparatif réel entre les candidats reçus. Ils ont un poste, 60 candidats, faire des choix ce sera forcément rendre heureux l’un d’eux, et malheureux 59 autres…
Des préjugés et des candidats
Le candidat, terme consacré (je n’aime pas ce mot, pour moi vous êtes un professionnel pas un candidat au bac…) arrive lui aussi avec un vécu, une représentation de l’entreprise, du poste, du cabinet conseil, voire du recruteur qu’il a peut-être déjà rencontré précédemment… Et plus il avance dans les entretiens, plus la part de subjectivité peut grandir. Qui n'a pas déjà connu ce moment difficile où la crêpe de la motivation retombe...à côté. Le poste, sur le papier, vous plaisait. Mais devant les locaux de l'entreprise, après 45 minutes de bouchons, votre entrain a nettement baissé. Sauf urgence, désormais tout ce que le recruteur pourra dire ou demander pourra être retenu contre lui. (De toute manière, l'accueil était nul, les locaux paumés, le RH has been...), car si vous n'avez pas exploré clairement vos motivations et limites de choix, il vous sera toujours plus facile de vous retrancher derrière l'autre, sa responsabilité. Attention, le droit au NON existe, et il est même essentiel. Mais êtes-vous sûr de garder toute votre objectivité en entretien ? Savoir être professionnel, dans ces moments d'échange, est un vrai atout, car les préjugés s'entremêlent et d'une situation au départ gagnant/gagnant, tout le monde peut vite perdre, en temps, en professionnalisme et tout simplement en emploi. Votre atout ? Souvent, très souvent même, vous avez pris le temps de questionner votre subjectivité, que ce soit lors d'un temps de conseil avec un Consultant, seul en définissant vos objectifs. Sachez vous accrocher à ces éléments clés lors des échanges. Ne laissez pas votre instinct mener l'échange.
Des préjugés à faire sauter de toute urgence par tous
- Tiens un senior
- Oh une femme
- Qu’est-ce qu’il fait jeune
- Sa tenue, pas très professionnelle
- En retard… de 4 minutes c’est vrai, mais en retard… (liste infinie)
Autant de préjugés qui peuvent être silencieusement formulés par l’un ou l’autre des acteurs de l’entretien… (et oui, candidat comme recruteur, regardez de nouveau les phrases, si, si, vous avez au moins une fois utilisé l’une ou l’autre…) en quelques secondes, le mal est fait, mais pas dit, et votre échange commence mal. Très mal.
Alors il faudrait en rester là ?
Une piste : être réellement dans le moment présent. Considérer CET entretien, comme un moment unique, non lié à ceux que vous avez eus précédemment, et ne pas « classer » votre interlocuteur trop vite. Une maladresse ne fait pas un maladroit, un ton hâtif ne fait pas un agressif, un tic léger ne fait pas un inadapté. Et ce, des deux côtés. Si être présent à l’instant présent vous pose souci, sachez que cela se travaille, beaucoup de cadres et managers d’ailleurs arrivent à dépasser une posture subjective en utilisant les méthodes de psychologie positive et de pleine conscience. Et c’est un travail quotidien, nous restons, même les meilleurs d’entre nous, subjectifs, « espérément »* humains !
*Si désespérément existe, son antonyme lui n’est pas dans le dictionnaire, dommage ! Si vous en trouvez un, n’hésitez pas, je le réutiliserai avec un réel plaisir.
Laurence Charneau.
http://blog-experts.cadres.apec.fr
Mis en ligne le 9 février 2015.
